Inspiration

Qui sont ces gens qui promènent leur chat en laisse? 

Photo: MarioGuti/iStock

Vous avez probablement déjà vu quelqu’un déambuler avec son chat affublé d’une laisse, une pratique plutôt marginale qui suscite émerveillement, questions ou jugements chez les passants, mais rarement de l’indifférence. Loin de correspondre au stéréotype de la crazy cat lady, les Montréalais.es qui promènent leur chat ont en commun leur amour pour leur animal, un souci pour sa sécurité et… une bonne dose de patience! 

«Il est un peu crétin. J’avais peur qu’il traverse la rue et qu’il se fasse frapper, mais je voulais quand même qu’il prenne du bon temps», indique Nathalie Gélinas tandis que Mars, six ans, guette des pigeons avec appétit. Même son de cloche pour Quatre Therrien, qui ne voulait pas risquer de perdre Bean, sa petite chatte de six mois. Et les statistiques sont de leur côté: l’espérance de vie d’un chat qui sort sans laisse est d’environ cinq ans seulement, selon une étude publiée dans la Revue de médecine vétérinaire. À titre comparatif, un chat vit en moyenne de 12 à 15 ans.  

Nathalie Gélinas et Mars
Nathalie Gélinas et Mars

Promener son chat est aussi une façon de lui offrir des stimulations. «Mon appartement est petit et elle a beaucoup d’énergie à dépenser, souligne Quatre, qui fait partie des personnes ayant cofondé la Coop Crève-Cœur. Quand on va dehors, je vois tout de suite comment ça change son comportement. Elle est moins du genre à manger mes plantes!» 

Clément Marty est comportementaliste félin et fondateur du Café Chat L’Heureux, où il a huit pensionnaires permanents. Les chattes qu’il promène en laisse, Laïla et Milady, ont toutes deux un grand besoin de stimulation, et sortir leur permet de combler ce besoin, explique-t-il en flattant Mousse, un chat qui a préféré renoncer à ses promenades, devenues trop stressantes pour lui. 

Clément Marty et Milady
Clément Marty et Milady

Le stress est en effet non négligeable à l’extérieur, surtout lors des premières balades. Mars, qui circule dans Le Plateau-Mont-Royal été comme hiver, reste plutôt craintif quand il croise un chien, tout comme Bean, qui fait ses promenades au parc des Faubourgs. «Faut tout le temps que je sois alerte, parce que si un chien se met à courir après elle, elle ne peut pas se sauver, comme elle est en laisse», raconte Quatre. 

C’est sans compter les bruits ambiants qui peuvent effrayer notre ami à quatre pattes, d’où l’importance d’être à l’affût. «Chaque chat est différent, note Clément. C’est important de l’essayer, mais après, c’est vraiment important d’être à l’écoute. Est-ce que ça apporte vraiment du plaisir au chat? Est-ce que notre chat a besoin de ça?» 

À voir le plaisir que prennent Mars, Bean et Milady, il semble évident qu’il s’agit d’animaux qui tirent profit de leurs aventures au grand air. Leurs humains, qui doivent souvent rester plantés au même endroit pendant plusieurs minutes parce que le chat décide de ne plus avancer, trouvent leur compte eux aussi. Pour Nathalie, c’est un moment zen qui lui permet de décrocher de son travail de technologue en radiothérapie à l’hôpital et même de placoter avec son voisinage. «D’un coup que je rencontre l’âme sœur, on ne sait jamais!», lance-t-elle en riant. 

C’est aussi une façon de faire plaisir à un être qu’on aime et qui nous le rend bien, souligne Clément. «Je suis heureux quand l’animal est heureux. Un animal malheureux, c’est un animal qui va faire du marquage, qui va faire de l’agressivité redirigée, des choses qu’on ne veut pas et qui vont devenir un stress chez nous.» 

Quatre Therrien et Bean
Quatre Therrien et Bean

Si promener son chat est une pratique saine tant pour l’animal que pour son humain, pourquoi n’est-elle pas plus commune? «Pour moi, ça va de soi que les animaux sont importants et qu’il faut leur offrir une bonne qualité de vie. Si les gens voient que c’est faisable, peut-être qu’ils vont le faire, mais j’ai l’impression que beaucoup de gens choisissent un chat parce qu’ils croient que c’est moins de travail qu’un chien», théorise Quatre, tandis que Clément estime que c’est une habitude qui gagnera tranquillement du terrain, alors que la population se sensibilise au bien-être des animaux. 

Il y a cependant encore du boulot à faire pour normaliser la promenade en laisse. «Les gens ne pensent pas que t’es normal», rigole Quatre, qui aimerait bien parfois pouvoir se balader avec Bean sans que les passants chuchotent sur son chemin. «Il y a des gens qui me trouvent bien épaisse, ça paraît, dit Nathalie en se glissant dans le petit espace entre une voiture stationnée et un mur de briques où son chat l’amène. Moi, je trouve ça un peu discriminatoire. Ce n’est pas pire qu’un chien.» 

Bon à savoir

– Pour entraîner son chat à se promener en laisse, on utilise le renforcement positif. On l’habitue d’abord à porter son harnais à l’intérieur et on écoute l’animal pour suivre son rythme. On peut également faire appel à un spécialiste, comme l’Éduchateur

– Théoriquement, un chat peut être entraîné à sortir en laisse à n’importe quel âge, mais il est probable qu’un chat plus âgé éprouve du stress et qu’un chat plus jeune prenne l’habitude aisément.

– La stérilisation, la vaccination, la vermifugation ainsi que le traitement contre les tiques et les puces sont nécessaires pour un chat qui va dehors, même en laisse. 

– Un chat en laisse devrait toujours être surveillé, puisqu’il est possible pour lui de se défaire de son harnais. La supervision est nécessaire même si l’animal est dans la cour. Pour la promenade, une laisse courte est donc à privilégier. 

Inscrivez-vous à notre infolettre et recevez un résumé quotidien de l’actualité de Montréal.

Articles récents du même sujet