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Le designer Paul Smith: jusqu’au bout

Photo: Collaboration spéciale

L’héritage du designer britannique a beau être présenté dans le cadre d’une exposition à Londres, ne lui parlez pas de retraite.

Paul Smith est la tête d’affiche d’une exposition présentée au Design Museum de Londres, Hello, My Name Is Paul Smith. Le créateur de mode de 67 ans n’a rien perdu de son affabilité, même s’il est propriétaire d’une entreprise valant quelque 280 millions de livres.

Sir Paul – un titre qu’il a presque refusé – est un homme du peuple. À preuve : à son entrée, les groupies l’accueillent en masse, et même des bambins réussissent à avoir un câlin. Dans le même esprit, l’exposition présente tant des pièces haute couture que des babioles provenant de ses fans. Il ne faut pourtant pas dire qu’il s’agit d’une rétrospective : «J’ai assez de matériel pour quatre ou cinq expositions», admet-il.

Quand avez-vous porté pour la dernière fois quelque chose que vous n’avez pas créé?
[Rires.] Je devais avoir 18 ans. Cela dit, si je suis en vacances et que le temps se refroidit assez pour que je regrette de ne pas avoir apporté de pull, je peux très bien acheter une pièce classique en cachemire.

Est-ce parce que vous vous sentez coupable de porter les créations des autres?
Non, mais j’aime porter ce que je fais.

Vous avez déjà dit que l’industrie de la mode est prétentieuse jusqu’à un certain point. Que pensez-vous des stages non rémunérés?
Nous n’avons jamais encouragé cette pratique. Nous recevons trois, quatre ou cinq demandes de stage par semaine. Le mieux que nous pouvons faire, actuellement, c’est : «Pourquoi ne venez-vous pas passer un après-midi ou une journée chez nous?»

Comment voyez-vous les autres designers qui font travailler les jeunes sans salaire?
Je pense qu’il y a une histoire derrière cette pratique, qui remonte à il y a 20 ou 30 ans. Quand les gens commencent, c’est supposé être un honneur de travailler, mais je n’en suis pas vraiment certain.

Que pensez-vous des jeunes d’aujourd’hui, vous qui êtes dans la soixantaine?
Je crois que le contexte est différent. Avec la technologie, les gens passent beaucoup de temps devant leurs écrans. Mon seul conseil serait d’essayer de trouver l’équilibre entre les moyens modernes de communication et les conversations face à face. Et je pense que ces 20 dernières années, on a donné beaucoup d’attention aux célébrités de classe B et C. Andy Warhol a dit que tout le monde pouvait avoir son 15 minutes de gloire; cela s’avère être une observation tout à fait réaliste.

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Vouliez-vous devenir célèbre?
Non. Ici, dans le contexte de l’exposition, vous vous attendez à ce que les gens sachent qui vous êtes, mais quand je marche dans la rue, mon visage n’est pas assez connu.

En visitant l’exposition, j’ai constaté que votre première boutique était minuscule!
Je sais. L’objectif de cette exposition est de montrer que vous pouvez commencer très humblement et puis grandir.

Vous n’êtes pas très à l’aise avec le courriel et les ordinateurs en général. Pensez-vous que la technologie tue la créativité?
Je ne suis pas personnellement un adepte, mais je comprends le phénomène. Au bureau, quatre jeunes femmes m’aident, puisque je reçois environ 600 courriels par jour. Personnellement, je trouve que mes yeux, mes photos et mes notes me suffisent amplement. Tout est question d’équilibre.

Quel type de téléphone utilisez-vous?
J’ai maintenant un iPhone. Jony Ives [le vice-président, design, chez Apple] est un ami, et je suis privilégié de recevoir de beaux cadeaux.

Vous utilisez Instagram, mais vous êtes plutôt du genre à montrer des aspects personnels de votre vie…
Vous savez, la plupart des grandes marques commerciales utilisent Instagram et Facebook, mais ils ne font que présenter leurs chaussures, leurs sacs ou n’importe quel autre de leurs produits. Ce qui est intéressant, c’est que mon département TI m’informe qu’ils ont peut-être des millions d’abonnés, mais ils ne reçoivent presque jamais de commentaires, alors que nous en recevons 4 500 ou 5 000. Pas de simples mentions J’aime, mais de vraies questions.

Vous avez déjà dit, avant un défilé, que ce sont 500 000 livres dépensées en 14 minutes. N’est-ce pas un peu ridicule?
Absolument. Malheureusement, ça fait partie de l’industrie. Plusieurs jeunes designers pensent qu’il ne s’agit que de faire des défilés et d’avoir des dizaines de boutiques. En fait, ce n’est qu’une petite partie du travail de designer et de commercialisation. Même si vous présentez le plus beau défilé du monde, il reste encore à produire des vêtements de qualité à un prix correct, les livrer à temps et savoir se faire payer.

Préféreriez-vous ne faire qu’une simple présentation dans un salon?
J’aimerais le faire. Mon premier showroom était dans une chambre et mon premier défilé a eu lieu dans l’appartement d’un ami à Paris.

Techniquement parlant, vous pourriez prendre votre retraite. Cherchez-vous les rabais de l’âge d’or?
[Rires.] Ne me le rappelez pas!

Qu’arrivera-t-il à votre marque quand vous prendrez votre retraite?
Tout va simplement continuer. Nous avons une bonne structure.

Qui aimeriez-vous pour vous remplacer?
Personne en particulier. Je suppose que ce qu’il manquerait, c’est quelqu’un à la tête, un porte-parole.

Avez-vous l’intention de mourir au travail?
[Rires.] Oui, je ferai un Tommy Cooper de moi-même.

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