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La postérité de Cinquante nuances de Grey

Photo: MNW

À quel avenir est promise la trilogie à succès, maintenant que l’engouement a disparu?

Avec son badinage sexuel un peu convenu, ses mises en scène sadomasos et ses explications explicites sur le rôle des différents organes, 50 Shades of Grey (Cinquante nuances de Grey) est passé du statut de roman à sensation qu’il faut lire absolument à celui de livre à la réputation galvaudée que même votre belle-mère emporte en vacances. On peut donc se demander, l’engouement ayant disparu, quelle sera la postérité de cet ouvrage?

Pour commencer, il faut prévoir, si on se fie aux experts, l’avènement d’une ère où les femmes seront plus enclines que jamais à dire ce qu’elles aiment au lit et où elles prendront plus souvent qu’autrement l’initiative de certains fantaisies.

Sarah Forbes, conservatrice du Musée du sexe de New York, explique qu’elle a constaté qu’un plus grand nombre de femmes écrivent des «fanfictions» érotiques en ligne. Elle met cela au compte du fait que les femmes, plus que les hommes, ont besoin d’être stimulées mentalement autant que physiquement. Par conséquent, pour certaines, écrire des histoires à caractère sexuel peut être une expérience érotique. Le succès de Cinquante nuances vient par ailleurs légitimer cette forme d’écrit.

«Pour certaines personnes, cet exercice peut tout simplement être amusant. Il peut être l’expression de leur côté humoristique, déclare Mme Forbes. Il permet aussi aux gens d’établir une relation avec les icônes de la culture populaire.»

La sexothérapeute Wendy Maltz fait pour sa part remarquer que, comme la société est très réprimée et mal à l’aise avec la sexualité, la «fanfiction» est une façon de rendre les choses plus légères. Cet allègement peut mener à des discussions portant sur ce qu’on aime et sur ce qu’on n’aime pas sur le plan sexuel. «La discussion saine sur les questions sexuelles est quelque chose qui manque, affirme Mme Maltz. Il existe une différence entre les besoins sexuels réels, en particulier des hommes, et les représentations sensationnelles et assez extrêmes qu’on retrouve à cet égard dans la culture populaire. Ces dernières ne sont pas représentatives, en fin de compte, de la satisfaction sexuelle véritable.»

La magie de Magic Mike et du Zumba
Cinquante nuances de Grey n’a pas été le seul hit sexy cette année. Magic Mike, un film portant sur des strip-teaseurs, a enregistré des recettes de plus de 100 M$ au box-office américain, et les cours de Zumba, inspirée d’une danse lascive colombienne, ont incité nombre de mamies à se déhancher de manière suggestive. Talli Rosenbaum, sexothérapeute agréée et rédactrice en chef adjointe du Journal of Sexual Medicine, explique que, face à ces phénomènes, les femmes semblent être confrontées à un choix qui leur laisse peu de marge de manœuvre : embrasser la nouveauté ou ne pas être dans le coup.

On a peut-être oublié qu’il existe encore bien des gens qui aiment «la sexualité simple dans un cadre monogame», dit-elle. Mme Rosenbaum, qui travaille auprès de populations traditionnelles et religieuses, déclare : «Je constate un grand nombre de disparités et de contradictions parmi ces populations. Je vois des gens qui sont très exposés à différentes sortes d’images sur l’internet et à différentes choses qui ne relèvent pas nécessairement d’une éducation sexuelle conventionnelle.» Puis, elle ajoute : «Peut-être se disent-ils que c’est là ce que tout le monde fait.»

Vous avez maintenant la «permission»
Les spécialistes auxquels nous avons parlé ont tous souligné l’importance, pour chacune et chacun, de se définir indépendamment de ces médias, plutôt que de se laisser définir par eux.

Le Dr Stephen Snyder, spécialiste des questions sexuelles et sexothérapeute, dit avoir constaté que les femmes sont plus enclines à approfondir leur sexualité, avant d’ajouter que Cinquante nuances de Grey leur a en quelque sorte donné la «permission» d’explorer concrètement leurs fantas­mes sexuels.

Selon lui, le roman pourrait même améliorer les rapports de couple, à une condition cependant : «Il faudrait sans doute que les hommes le lisent également, dit-il. Il y a beaucoup de choses que les hommes peuvent apprendre du personnage de Christian Grey touchant les besoins des femmes, notamment qu’elles aiment un homme qui prend soin de lui et de ses proches et qui sait exprimer verbalement ses désirs pour sa partenaire.»

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