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Mettons fin à la censure des architectes

Photo: Keith Hunter

Tout comme les Pays-Bas, la Norvège et l’Écosse, le Québec gagnerait à se doter d’une politique nationale d’architecture pour éviter de brimer le travail de ses architectes.

On l’oublie souvent, mais l’architecture est une forme d’art définissant l’ADN des nos villes et, par le fait même, notre identité culturelle. Si le cinéma se présente comme le septième art, l’architecture a été classée pendant des siècles comme la première forme d’expression artistique de plusieurs peuples, devant la poésie, la sculpture et la musique. Comme tout autre artiste, l’architecte ressent le besoin de s’exprimer librement à travers sa profession.

La différence fondamentale, en revanche, entre l’architecture et les autres formes d’art, c’est que nous n’avons pas besoin de nous rendre dans un musée ou dans une salle de cinéma pour en consommer : nous vivons au quotidien dans cette toile urbaine. Une toile qui influe directement sur notre qualité de vie, la santé économique de notre ville, et surtout, qui reflète notre créativité locale.

N’est-ce donc pas une forme de censure de l’État que de réduire de grands projets publics à leur plus simple expression, en les contraignant constamment à la règle du plus bas soumissionnaire sans égard à la qualité de l’œuvre? Suivant la même logique, pensez-vous que notre cinéma rayonnerait autant partout sur la planète si on ne finançait que les scénarios les moins coûteux? Pour se créer une crédibilité en tant que collectivité, on a parfois besoin de signatures fortes.

C’est pourquoi l’Ordre des architectes en fait son nouveau cheval de bataille en recommandant fortement au gouvernement du Québec l’instauration d’une politique nationale d’architecture. Seize pays possèdent déjà la leur, alors que 14 autres y travaillent d’arrache-pied. Pourquoi pas le Québec?

Concrètement, une telle politique permettrait d’établir une série de critères précis à examiner avant d’autoriser toute dépense de fonds publics pour un musée, une salle de spectacle ou encore un hôpital. Le gouvernement s’obligerait ainsi à prioriser l’innovation technologique, la construction durable et la meilleure intégration des édifices dans le milieu de vie. En d’autres mots, on s’assurerait de construire intelligemment notre société, forçant les architectes convoitant un appel d’offres de l’État à miser plus que jamais sur des idées novatrices pour épater la galerie.

Avec de telles politiques en place, les chances d’obtenir un projet aussi insensé que celui de la nouvelle adresse de l’Orchestre symphonique de Montréal seraient pratiquement nulles. Le design intérieur de cette salle a beau être majestueux, et son acoustique, impeccable, on ne peut malheureusement pas en dire autant de l’enveloppe extérieure, qui passe pratiquement inaperçue au centre-ville. Un exemple concret de censure de l’ex-gouvernement libéral qui ne recherchait visiblement pas le meilleur projet pour Montréal, mais plutôt celui qui plaisait avant tout à son ministre des Finances.

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