Soutenez

Sida: Les premières heures suivant l'infection sont mal connues

«Si l’on veut développer un vaccin dans le futur, nous devons mieux comprendre ce qu’il se passe lors des 96 premières heures» suivant l’infection du VIH-Sida, a assuré mardi Françoise Barré-Sinoussi, lauréate 2008 du prix Nobel de médecine. La chercheuse, qui a participé à la découverte du virus en 1983, intervenait dans le cadre d’une conférence à l’hôpital Notre-Dame à Montréal.

« Mieux comprendre les évènements précoces doit être le champ prioritaire de la recherche fondamentale», a-t-elle insisté devant un parterre de médecins et d’étudiants venus l’écouter. Directrice de l’Unité des régulations des infections rétrovirales à l’Institut Pasteur à Paris, Mme Barré-Sinoussi a énuméré les grandes étapes qui ont jalonné la recherche scientifique qui a, dès les premiers temps, tenté de développer un vaccin.

Histoire
Le 20 mai 1983 paraît dans la revue Science un article de la chercheuse annonçant la découverte du virus responsable du sida qui sera plus tard rebaptisé VIH. «Tout de suite, l’envie a été de développer le dépistage», a assuré Mme Barré-Sinoussi. Les tests arriveront en 1985.

En 1987, les premiers médicaments, les AZT font leur entrée sur le marché. La trithérapie, qui permet aujourd’hui à 80% des malades en bénéficiant de vivre avec la maladie, apparaît en 1996. «La recherche a été en permanence à la fois fondamentale et en faveur des patients», a-t-elle souligné.

En 1985, la chercheuse arrive en Centrafrique où les hôpitaux de la capitale, Bangui, sont remplis de malades atteints du virus et dont le personnel soignant ne dispose pas même de médicaments permettant d’atténuer la douleur. «Je me suis rappelée que je travaillais à l’Institut Louis Pasteur, qui était un visionnaire, a poursuivi Mme Barré-Sinoussi. Je me suis rappelée que la science n’a pas de frontières. Alors j’ai commencé à travailler en Afrique.»

Science et politique
«Pour moi, la recherche sur le terrain est une composante absolument essentielle dans les pays en développement pour leur permettre d’apporter des preuves pour convaincre les politiques, a jugé Mme Barré-Sinoussi. Il faut apporter des évidences scientifiques qui demandent des interventions immédiates.»

Car la politique n’est jamais loin. En 1995, elle se rend au Cambodge. « Les bras m’en sont tombés. C’était après le génocide [le massacre commis par les Khmers rouges]. Il n’y avait plus de médecins, il n’y avait plus d’intellectuels.» L’Institut Pasteur crée alors le premier centre de dépistage anonyme et gratuit.

En 2008, le pays en compte plus de 200. L’Institut commence à travailler sur place, au début des années 2000, avec Médecins sans frontières pour prouver aux autorités l’efficacité des traitements. «Et cela a marché, car si en 2001 seuls 71 personnes étaient sous traitement, elles sont aujourd’hui près de 40 000.»

Des singes prometteurs

Si Mme Barré-Sinoussi a dit être convaincue de la progression de l’accès aux soins dans les pays à faible revenus, elle a tout de même rappelé une réalité brutale. Deux personnes traitées équivalent à cinq nouvelles infections. Seules 40% des personnes infectées le savent. Sur les quelque 33,4 millions de personnes atteintes du virus du sida dans le monde, 80% vivent dans les pays du Sud. « Si on veut améliorer l’accès au dépistage, l’accès aux soins, il faut que nous aussi, les chercheurs, nous nous battions pour plus de justice sociale et pour les droits de l’Homme.»

La chercheuse a également fait part des recherches menées sur les singes d’Afrique et notamment les singes verts, qui pourraient être prometteuses. «Plus de 40 espèces sont porteuses d’un virus proche du sida. Mais si ces singes sont infectés, ils ne développent pas le sida», a-t-elle précisé.

La science doit encore comprendre les mécanismes de la transmission, de la dissémination et de l’évolution du virus dans les tous premiers instants suivant l’infection. L’intensification des traitements très précoces est aussi essentielle.

En guise de conclusion, Mme Barré-Sinoussi a rappelé au public de jeunes ou futurs praticiens venus l’écouter qu’ils devaient «garder en tête qu’aujourd’hui, la recherche tout seul dans son laboratoire c’est terminé. Aujourd’hui, il y a des interactions entre la recherche fondamentale, la recherche clinique mais aussi la recherche en sciences humaines et sociales.» Et le tout via des financements tant privés que publics.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.