Lower Ninth Ward: la vie après Katrina
Quand Ann Parfait est allée voir ce qu’il restait de sa maison suite à l’ouragan Katrina et au bris des digues, il ne restait plus rien.
Elle était à ce moment loin de se douter que quatre ans plus tard, c’est sur le même terrain, mais dans une maison neuve sur pilotis, dessinée par une architecte japonaise, qu’elle emménagerait.
C’est avec fierté que la dame d’une soixantaine d’années accueille les visiteurs dans sa maison écoénergétique du quartier Lower Ninth Ward de la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Elle parle des divisions et de la grande galerie arrière qu’elle apprécie, et elle mentionne le sentiment de sécurité qui l’habite grâce au fait que sa maison est installée à huit pieds au-dessus du sol.
Chez Ann Parfait, les souvenirs prennent beaucoup de place. Dans son salon, des dizaines d’étagères sur lesquelles sont posées des photos de famille et des objets rapportés de voyages, témoignent du passé. Dans son quartier aussi, qui a été pendant la catastrophe l’emblème d’une Amérique abandonnée par le gouvernement, les souvenirs de 2005 sont encore bien présents. «Les gens ont peur de revenir… et je les comprends. Après Katrina, c’était comme si une bombe avait éclatée… des voitures étaient sur les toits, les maisons avaient été arrachées: il n’y avait plus rien.»
Make It Right : repartir en neuf
Après avoir habité une autre ville pendant trois ans, Ann Parfait, qui avait dans l’idée de revenir s’installer dans son quartier, entend parler du projet de l’organisme Make It Right dont la mission est de construire des maisons pour des communautés dans le besoin.
Les participants au projet doivent payer leur maison, offerte à un prix accessible, mais Make It Right s’occupe du reste : aide au financement et à l’obtention des permis, supervision des plans et de la construction. L’organisme s’occupe aussi des relations avec la vingtaine d’architectes de partout dans le monde qui se sont impliqués dans le projet en dessinant des maisons conçues spécialement pour le quartier.
«Nous avons demandé aux sinistrés de quelle façon on pouvait les aider: ils ont répondu qu’ils voulaient une paix d’esprit. Nous nous sommes donc donné comme mission de bâtir des maisons accessibles financièrement et autonomes énergiquement, et qui seraient mieux conçues que celles d’avant, avec de meilleurs matériaux et une structure mieux pensée», explique Cesar Rodriguez, directeur de l’approvisionnement pour Make It Right.
«Cette maison, pour moi, c’est une bénédiction. La seule chose qui me manque, ce sont les voisins», affirme Ann Parfait en montrant par la fenêtre ce quartier en reconstruction qu’elle habite depuis 1966.
Et les chiffres lui donnent raison : 4 000 maisons occupaient Lower Ninth Ward avant Katrina, contre 150 maintenant, dont 80 sont de Make It Right.
«Beaucoup de travail reste à faire, et des commerces viendront éventuellement s’installer, mais c’est un début, croit Cesar Rodriguez. Notre but est de construire ici 150 maison Make It Right afin de créer un mouvement. Ce qu’on veut envoyer comme message, c’est «oui, il est possible de revenir»».
Quand Brad Pitt s’en mêle
C’est Brad Pitt qui a fondé Make It Right en 2007. Il connaissait bien la Nouvelle-Orléans puisqu’il y avait tourné le film L’Étrange Histoire de Benjamin Button quelques années plus tôt. Parce qu’il trouvait que le gouvernement ne se préoccupait plus du quartier, il a créé cet organisme qui cherche à ramener les familles à Lower Ninth Ward.
(Re)bâtisseurs
Vingt-et-un architectes, de la Nouvelle-Orléans, mais aussi d’ailleurs (Londres, Philadelphie, Tokyo, Berlin, etc.) ont dessiné des plans de maisons pour Make It Right, ce qui fait de Lower Ninth Ward un laboratoire d’architecture à ciel ouvert. D’ailleurs, depuis que les maisons signées par l’organisme se construisent, le quartier attire l’attention, à tel point que des visites scolaires à propos de revitalisation urbaine, ainsi que des autobus touristiques architecturaux arpentent les rues!


