Soutenez

Deux mondes

Imaginons deux articles de journal. Premier article : Un jeune adolescent qui désire se qualifier pour le club de golf de son école veut monter dans l’autobus avec deux bâtons de golf. Le conducteur le lui interdit, en soutenant qu’un certain nombre d’agressions ont eu lieu et qu’il ne veut pas «d’arme potentielle» dans son autobus. Le garçon reste donc en plan à l’arrêt, en larmes, et manque l’occasion de se qualifier pour l’équipe, malgré son talent prometteur. Les médias s’emparent de l’histoire, et vous entendez peu après une conversation à ce sujet au Tim Hortons de votre quartier. «Je ne peux pas croire que le chauffeur n’a pas laissé monter le pauvre garçon dans son autobus. Pensait-il vraiment que le jeune était un fou dangereux?» Les gens secouent la tête devant le ridicule de certaines attitudes et l’insignifiance de certaines règles.

Deuxième article : Un enfant est entre la vie et la mort après avoir été battu avec un bâton de golf dans un autobus scolaire. Il semble qu’un de ses compagnons de classe qui lui en voulait ait emporté le bâton dans l’autobus, après avoir dit au conducteur qu’il voulait faire partie du club de golf de son école. À la pause-café, cette histoire fait l’objet d’une discussion : «As-tu entendu parler du jeune qui s’est fait battre dans l’autobus? Je ne peux pas croire que le conducteur a laissé monter quelqu’un avec un bâton de golf! Il devrait y avoir des règles qui interdisent d’emporter des armes potentielles dans l’autobus!» Et tous les buveurs de café hochent la tête en signe d’assentiment.

Bien sûr, j’ai inventé ces deux histoires, mais si vous lisez n’importe quel journal ou si vous écoutez les gens discuter d’événements survenus récemment, vous constaterez sans tarder qu’il existe toujours deux côtés à la médaille. D’une part, lorsque les gens se voient imposer une règle ou une loi, ils ont tendance à la décrier en soutenant qu’elle est injustifiée, étant donné la rareté des événements négatifs qu’elle est censée prévenir. D’autre part, lorsque cet événement négatif se produit, les gens ont tendance à réclamer des règles et des lois contre «ce genre de choses».

Quel monde?
L’ambivalence est inévitable. Chaque fois qu’une règle ou une loi est adoptée, nous gagnons un peu d’ordre et perdons un peu de liberté. Il est facile de soutenir une opinion dans un débat lorsque nous connaissons les faits. Cependant, ce n’est qu’en connaissant les deux côtés de la médaille que nous pouvons faire un choix éclairé quant au monde dans lequel nous voulons vivre : un monde plus libre, où surviennent à l’occasion des événements désagréables, voire tragiques, ou un monde où nous sommes limités par des règles et des lois qui réussissent parfois à préserver l’ordre social, mais pas toujours. Il faut choisir: c’est soit l’un, soit l’autre.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.