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Pourquoi avoir peur des piqûres?

C’est drôle de constater à quel point nos anxiétés peuvent être subjectives. J’ai déjà travaillé avec une femme atteinte d’une forme majeure d’agoraphobie, c’est-à-dire la peur de se trouver loin d’un environnement sûr.

La plupart des agoraphobes éprouvent de la difficulté à s’éloigner de la maison ou à se trouver dans des situations où ils se sentent piégés, comme dans un centre commercial, le métro ou l’autobus. Cette femme était incapable de s’éloigner de plus d’une rue ou deux de chez elle. Prendre l’autobus était pour elle inimaginable.

D’un arrêt d’autobus à un autre
Le traitement de l’agoraphobie comporte divers éléments, dont un qui a son importance : faire face à ses craintes graduellement, de façon à regagner confiance. Au cours d’une séance, nous avons donc discuté de la possibilité de prendre l’autobus. «Vous pourriez monter dans l’autobus avec un sac d’épicerie, vous tenir près de la porte et descendre à l’arrêt suivant.»

Aussi simple que cela puisse paraître, cela a suffi à la faire paniquer. J’ai passé une demi-heure à l’encourager et à la rassurer, sans grand résultat. Puis, j’ai ouvert mon tiroir pour prendre un bloc-notes, et elle a remarqué un sac rempli de seringues. «C’est quoi, ces aiguilles?» m’a-t-elle demandé. «Je les utilise pour travailler avec des gens qui ont la phobie des aiguilles et des injections», ai-je répondu. «Pourquoi avoir peur des seringues?» a-t-elle répliqué. Eh bien, je suppose qu’elles ne sont pas effrayantes pour certains, mais j’ai déjà traité un monsieur qui craignait tellement les aiguilles qu’il s’était fait faire un traitement de canal sans anesthésie!

Vos craintes ne sont pas les miennes
C’est mon anecdote préférée à propos de la nature subjective des peurs. Cette femme, paralysée par l’idée de prendre l’autobus, ne comprenait pas pourquoi quelqu’un pouvait craindre les aiguilles. Je suis certain que celui qui avait peur des aiguilles aurait volontiers troqué une injection contre un trajet en autobus. Si une personne souffrant d’un trouble anxieux ne peut pas éprouver d’empathie pour une autre personne phobique, alors à quoi pouvons-nous nous attendre de la part de ceux qui ne souffrent pas de graves anxiétés?

Le caractère subjectif de nos anxiétés alimente les préjugés et l’incompréhension. Cela incite les gens à garder leurs peurs secrètes. Mais ne nous contons pas d’histoires : nous avons presque tous notre part d’anxiétés et d’insécurités. Elles peuvent différer d’une personne à l’autre, mais leurs répercussions sur nos vies seront toujours très fortes. Il n’est pas nécessaire d’avoir les mêmes peurs que son voisin pour comprendre l’émotion qu’est la peur.

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