Trop de tabac sur les écrans québécois
Le tabac est près de trois fois plus présent sur les écrans de cinéma de la province que sur ceux des États-Unis, selon l’étude Portrait de l’utilisation du tabac dans les films et les dramatiques québécoises, menée par des chercheurs de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM et dévoilée mercredi. Et la télévision québécoise n’est pas en reste.
Pas moins de 75 % des 15 films québécois ayant amassé le plus de recettes au box-office en 2010 contiennent du tabac. Parmi ceux-ci, Cabotins, L’Enfant prodige, Piché : Entre ciel et terre et Les Amours imaginaires ont présenté plus de 100 images liées à la cigarette.
L’Å“uvre de Xavier Dolan a d’ailleurs succédé à Les pieds dans le vide et s’est méritée le prix cendrier pour avoir inclu des images de cigarettes à toutes les 59 secondes, en moyenne.«Dans Les Amours imaginaires, les personnages principaux fument et contribuent à donner une image sexy, glamour et rebelle du tabac, qui est très attrayante pour les jeunes», a affirmé Marie-Soleil Boivin, chargée de projet au Conseil québécois sur le tabac.
Au final, les 15 films québécois les plus populaires de 2010 ont offert à leur public 743 images liées au tabac. Les 15 plus gros succès américains sont pourtant parvenus à limiter à 185 le nombre de ces images. Du côté de la télévision, quatre épisodes de 20 dramatiques diffusées à Radio-Canada, TVA et V ont été analysées. Il en ressort que 35 % de ces émissions présentent des images liées à la cigarette. La Société d’État est responsable à elle seule de la diffusion de 87 % des scènes de consommation de tabac.
Comme pour le cinéma, la télévision québécoise semble plus encline à présenter des scènes de consommation de tabac que son pendant américain. Les chercheurs ont ainsi noté que la série Bienvenue aux dames, diffusée à V, avait présenté 96 images liées à la cigarette au cours des quatre épisodes analysés. En contre-partie, Journal d’un vampire, la traduction de la série américaine Vampire Diaries, n’a offert que trois images de tabac.
Comment expliquer une telle disparité? «Il y a des stéréotypes qui ont été associés à l’usage du tabac à travers l’histoire du cinéma, a expliqué Marie-Soleil Boivin. Une personne qui est stressée fume, la femme fatale fume.» «On comprend que, dans certains cas, la cigarette peut servir à appuyer un trait de caractère des personnages, a ajouté Anik St-Onge, qui a dirigé l’étude. On se demande par contre si c’est nécessaire de l’utiliser autant.»
L’étude Portrait de l’utilisation du tabac dans les films et les dramatiques québécoises, qui a été réalisée pour la première fois cette année, pourrait être reprise dans les années à venir afin d’évaluer l’évolution de la situation.