Un travail acharné pour vaincre la maladie
En 2011, quelque 23 400 Canadiennes recevront un diagnostic de cancer du sein. Plus de 5 000 d’entre elles mourront des suites de la maladie. Les statistiques compilées par la Société canadienne du cancer permettent cependant de constater que tout n’est pas noir.
Le taux de mortalité associé au cancer du sein a diminué de 36 % depuis 1986. Cette réduction s’expliquerait principalement par des diagnostics et des traitements précoces ainsi que par l’accessibilité de traitements plus efficaces. Le taux de mortalité lié au cancer du sein a ainsi atteint son plus bas niveau depuis 1950.
Le Dr André Robidoux, chirurgien-oncologue et directeur médical du Groupe de recherche en cancer du sein (GRCS) depuis 20 ans, a expliqué à Métro les plus récentes avancées qui permettent d’espérer, un jour, l’éradication du cancer du sein.
Quelles sont les plus récentes découvertes au sujet du cancer du sein?
La recherche clinique, celle qui s’applique aux patients, se fait dans plusieurs secteurs : la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie, la thérapie antihormonale, la thérapie ciblée et la thérapie de support. On ne parle pas beaucoup des avancées en chirurgie, mais les progrès y sont importants.
On est de plus en plus en mesure de garder les seins des patientes. Et lorsqu’il est nécessaire de procéder à une mastectomie, on peut reconstruire immédiatement le sein puisqu’on s’est aperçu que cela n’avait pas d’effet nocif sur la patiente. Il y a aussi eu des avancées dans le domaine de la radiothérapie.
On utilise de plus en plus la radiothérapie partielle, qui ne cible qu’une partie du sein et qui est de plus courte durée. Il s’agit là de programmes de recherches prometteurs puisque ça permet aux patientes de retourner plus rapidement au travail et d’être moins exposées aux radiations. La chimio s’est aussi améliorée. Il y a 15 ou 20 ans, il n’y avait que deux sortes de chimiothérapie alors qu’aujourd’hui, on en compte 38.
La façon d’administrer la chimio a également changé. Aujourd’hui, on intervient de plus en plus avant la chirurgie. La chimiothérapie peut ainsi contribuer à réduire la taille de la tumeur avant l’opération.
Y a-t-il une avancée qui permet de croire à une éradication de la maladie?
La lutte contre le cancer du sein ne se gagnera pas avec un circuit en neuvième manche. Ce n’est pas un secteur de recherche qui va faire, seul, un miracle. C’est l’accumulation des avancées qui va changer les choses.
L’approche des médecins a-t-elle changé au fil du temps?
Ce qu’on a appris dernièrement, c’est qu’il ne fallait pas seulement se fier à la grosseur de la tumeur et à la présence de tumeurs dans les ganglions. Il faut aussi regarder les caractéristiques dans les gènes des tumeurs. Ça nous donne beaucoup plus d’information pour choisir le type de traitement. Ça nous permet de faire de la médecine personnalisée, et selon moi, c’est vers ça qu’on doit aller.
Notre Groupe de recherche en cancer du sein privilégie d’ailleurs cette approche personnalisée. Grâce aux biopsies, on est capable d’aller chercher des marqueurs dans la tumeur qui nous permettent de savoir quel traitement est approprié. Ce n’est plus du «one size fits all».
On n’est plus dans une dynamique où l’on administre le traitement maximal tolérable. On fait le traitement le plus personnalisé possible avec le minimum d’effets secondaires. On ne donne pas un traitement si on a des indices qui nous disent qu’il ne fonctionnera pas sur la tumeur.
Croyez-vous qu’un jour viendra où le cancer du sein sera éliminé?
Je pense qu’on va pouvoir éradiquer ce cancer. Mais ça va prendre la collaboration des femmes aussi. Il y a des programmes de dépistage et de mammographie qui sont en place depuis longtemps et trop de femmes n’y participent toujours pas. C’est plus facile de traiter une tumeur qui ne fait que quelques millimètres qu’une tumeur qui mesure 10 cm. On voit malheureusement encore des cancers très avancés les premières fois. Tout ça parce que les femmes négligent les bosses qu’elles sentent, sous prétexte qu’elles ne leur font pas mal et donc que ça ne peut être dangereux.
Est-il parfois décourageant de lutter contre un mal aussi féroce que le cancer du sein?
Je ne me décourage pas facilement! Il faut prendre ça un jour à la fois. Ce qui est important, c’est de faire progresser la connaissance grâce à la recherche. C’est très stimulant quand on obtient de bons résultats.
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Quelques chiffres
Les chiffres peuvent faire réfléchir. Voici quelques statistiques sur le cancer du sein.
- Le cancer du sein est la forme de cancer la plus répandue chez les femmes de 20 à 49 ans.
- Chez les femmes de 30 à 39 ans, le cancer du sein est le cancer le plus meurtrier.
- Une Canadienne sur neuf (11 %) développera un cancer du sein au cours de sa vie, avant l’âge de 90 ans. Une femme sur 29 en mourra.
- Chaque jour, 64 Canadiennes apprennent qu’elles sont atteintes du cancer du sein.
- Chaque jour, 14 Canadiennes meurent des suites du cancer du sein.
- Les hommes peuvent aussi avoir le cancer du sein. En 2011, environ 190 Canadiens recevront un diagnostic de cancer du sein. On estime que 55 en mourront.
Source : Société canadienne du cancer