À la rencontre de l’art actuel dans le Mile-End
S’il y a bien une certitude concernant le Mile-End, c’est qu’on ne s’y ennuie pas. Considéré comme le «quartier le plus artistique du Canada», ce secteur possède, en matière d’offre culturelle, une diversité à faire perdre le nord. En termes d’art actuel seulement, on y retrouve trois centres d’artistes parmi les plus réputés et l’une des galeries privées qui connaît le plus de succès. Il n’est pas rare non plus d’y croiser ceux-là mêmes qui font l’art, puisque beaucoup d’entre eux y vivent et y travaillent, s’y nourrissent et s’y désaltèrent.
Quatre lieux incontournables
Le Centre Clark
Souvent cité parmi les centres d’artistes incontournables à visiter lors d’un séjour à Montréal, le Centre Clark (5455 av. De Gaspé, local 114) est autant connu pour sa riche programmation que pour son encan de la mi-décembre, célèbre fête de fin d’année. Il est véritablement un fleuron du modèle québécois de « centre d’artistes autogéré ».
Né au centre-ville, dans la rue qui lui a donné son nom, le Centre Clark joue depuis plus de 20 ans un rôle de leader. Des expositions devenues références y ont été présentées, à l’instar de celle intitulée Les Bricolos, en 1998. Des artistes phares de la génération qui a éclos dans les années 1990, celle des David Altmejd, Nicolas Baier, Mathieu Beauséjour, Valérie Blass, parmi tant d’autres, sont passés par Clark alors qu’ils commençaient leur carrière.
En 2001, le Centre Clark innove en s’établissant dans cet immeuble de l’avenue De Gaspé, imité peu de temps après par l’Atelier Circulaire, centre spécialisé dans les arts d’impression, et par Diagonale, lieu unique consacré aux arts faisant appel aux textiles. Aujourd’hui, le bâtiment est une fourmilière d’ateliers d’artistes, fourmilière à la base de la créativité à laquelle on associe le quartier.
En 2013, deux autres centres d’artistes, parmi les plus réputés de Montréal, ont entamé leur déménagement au Plaza : Dazibao, dédié aux pratiques photographiques, à cheval entre le cinéma et l’art contemporain, et Optica, ouvert à tous les modes d’expression.
La Galerie Simon Blais
La Galerie Simon Blais (5420 boul. Saint-Laurent), chef de file du marché de l’art au Québec, se trouve au cœur du Mile-End. La qualité et la diversité de son offre ont fait la réputation de cette enseigne portée autant à la défense de l’art actuel que des courants historiques et même de l’art africain.
Les expositions temporaires de la Galerie Simon Blais mettent en vedette plusieurs des noms qui font l’art du Québec aujourd’hui, parmi lesquels on retrouve les peintres Marc Séguin et Françoise Sullivan, les photographes Michel Campeau et Éliane Excoffier ou les graveurs François-Xavier Marange et Catherine Farish.
Les amateurs de grands maîtres modernes gagnent aussi à fréquenter cette galerie. Son fonds de commerce regroupe des œuvres d’artistes, tels que Piet Mondrian et Antoni Tapiès, et côté québécois, de Jean-Paul Riopelle, Alfred Pellan ou Guido Molinari.
Empruntez la rue Maguire jusqu’à la rue Saint-Dominique.
Le centre d’artistes Articule
Leader à la fois comme diffuseur d’art actuel et organisme fédérateur de bon voisinage, le centre d’artistes Articule (262 av. Fairmount O.) est facilement reconnaissable par sa façade vert lime. Il fut d’ailleurs l’un des premiers de son genre à avoir pignon sur rue. Cette présence près des gens convient fort bien à un lieu dont les programmations sont teintées, saison après saison, par l’ouverture à toutes les pratiques artistiques et à toutes les communautés.
Fondé en 1979, Articule a toujours eu son «cube blanc», cet espace-galerie traditionnel où exposer. Mais Articule n’est pas qu’un cube. Des événements hors les murs ont parsemé son histoire, comme le projet User/Goods en 2004, mis en place dans un magasin de l’Armée du Salut. Quant à la façade vitrée du cube, elle sert, l’été, de support aux interventions artistiques les plus diverses.
Occurrence
Occurrence – Espace d’art et d’essais contemporains (5277 av. du Parc) est un autre centre d’artistes qui s’est établi dans le Mile-End dans les années 2000, dans la foulée du Centre Clark. Si l’endroit est connu pour favoriser la photographie, il n’est pas rare non plus d’y voir exposer des œuvres faisant appel à d’autres formes d’expressions artistiques.
Occurrence, comme beaucoup de diffuseurs en art actuel, s’alimente d’audace et non de la vente d’œuvres. La configuration particulière de son local contribue à maintenir le goût du risque qui est le sien depuis sa fondation au tournant des années 1990. Les artistes qui travaillent l’installation ou les arts sonores se sont d’ailleurs plus d’une fois inspirés de cet espace sur deux niveaux et ont disséminé des traces de leur art un peu partout. Chez Occurrence, il est fréquent que l’on doive déambuler avec un œil à l’étage et une oreille au sous-sol.
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Mile-End : culture et art de vivre
Le jour, les galeries et centres d’artistes du Mile-End font une destination logique pour les amateurs d’art. Le soir, ce sont ses bars qui attirent une clientèle mélomane. Plus d’un festival y a pris racine, plus d’un théâtre y fait courir les foules. Ce qu’il faut surtout savoir, néanmoins, c’est qu’au détour de n’importe quelle rue il y a quelque chose pour se rincer l’œil, ou à se mettre sous la dent. Les propositions d’art public ou d’art urbain ne manquent pas, les bonnes adresses où manger et boire non plus.
Mordecai Richler
Le Mile-End a non seulement été le quartier d’enfance de la figure légendaire de la littérature anglo-montréalaise, Mordecai Richler (The Apprenticeship of Duddy Kravitz, 1959), mais aussi le terreau de son œuvre.



