Manger et boire local
17:01 30 janvier 2013 | mise à jour le: 30 janvier 2013 à 17:21 Temps de lecture: 3 minutes

Saint-Laurent est malade

Saint-Laurent est malade
Photo: Marc-André Carignan

Le nouveau directeur général de la Société de développement commercial (SDC) du boulevard Saint-Laurent, Glenn Castanheira, sera-t-il en mesure de relancer pour de bon l’artère commerciale?

Pas besoin d’une longue balade sur Saint-Laurent pour constater que les locaux vacants abondent ces derniers mois. Entre la rue Sherbrooke et l’avenue des Pins, le nombre de pancartes «À louer» est carrément gênant pour une artère aussi névralgique. Sans compter que, depuis quelques années, bien des commerçants ne parlent plus de profit, mais plutôt de survie lorsqu’ils observent leur situation financière.

On ne peut plus se mettre la tête dans le sable : Saint-Laurent est malade. On ne parle pas ici d’un cancer généralisé, mais plutôt d’une vilaine toux que l’on doit rapidement soigner avant qu’elle ne dégénère. Mais comment a-t-on pu en arriver là? Considérant que le boulevard a bénéficié d’une cure de rajeunissement majeure à coup de millions de dollars il y a à peine quelques années, ne devrait-il pas être au sommet de sa forme?

On ne peut nier que la forte spéculation immobilière dans ce secteur a contribué partiellement au déclin de la Main. Additionnée à une coordination déplorable des travaux de revitalisation du boulevard entre 2006 et 2008, bien des commerçants ont dû se résoudre à fermer boutique dans le quartier. Mais la plus grande erreur de nos élus, lors de la reconstruction de Saint-Laurent, est d’avoir simplement changé quatre 30 sous pour une piastre : on a pratiquement reconstruit le même boulevard qu’auparavant, à quelques détails près.

«On nous promettait un Walt Disney au début des années 2000, raconte Glenn Castanheira, en poste depuis le 3 janvier à la SDC du secteur. C’était merveilleux! Les commerçants en parlaient pratiquement tous les jours. Ce n’est pas du tout ça qu’on a obtenu au bout du compte.»

La ville s’est effectivement contentée du strict minimum. Où est le vaste plan de verdissement initialement envisagé pour contrer les îlots de chaleur? Où retrouve-t-on une réelle mise en valeur du caractère historique et culturel de ce quartier qui a longtemps agit comme véritable pôle d’accueil pour diverses générations d’immigrants? «Tout a été fait à moitié», dénonce le directeur général. Manque de vision, contraintes budgétaires ou collusion? L’histoire n’a toujours pas été complètement élucidée.

Mais peu importe la raison, il y a de nombreuses leçons à tirer de ce triste épisode. On ne peut plus concevoir des artères commerciales comme on le faisait dans les années 1970, 1980 et 1990. Comme l’ont démontré Copenhague, Melbourne et même Calgary, la recette du succès semble reposer dorénavant sur la conception de milieux de vie commerciaux, plutôt que sur de simples boulevards.

Dans le premier cas, c’est la qualité de vie qui prime, avec de la verdure, des terrasses, de l’animation et un dynamisme commercial. L’espace public encourage la socialisation, générant ainsi un attachement plus profond au quartier. Dans le cas de la Main, on s’est simplement contenté de la deuxième option : des infrastructures minimales pour maintenir l’activité commerciale. Ne serait-il pas effectivement plus agréable de prendre le temps de vivre sur l’artère, plutôt que d’y être rapidement de passage pour ses achats?

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