Les aînés sont-ils en danger?
« Ah non! Je ne vous autorise pas à publier quoique ce soit sur notre résidence », hurle au bout du fil la directrice adjointe d’un établissement qui accueille des aînés à Ahuntsic. Elle avait auparavant répondu à plusieurs questions sans coup férir. « Je croyais que vous faisiez un sondage », lance-t-elle. Elle n’était pas la seule à sembler allergique aux demandes sur la sécurité dans ces maisons. L’incendie d’un établissement pour aînés à l’Isle Verte, qui a fait 17 morts et 15 disparus au moment où nous mettons sous presse, était forcément en cause.
Pourtant, pour ce genre de commerces il n y a rien à cacher. Les données des établissements certifiés sont accessibles librement sur le site Internet du ministère de la Santé. Par ailleurs, pour être inscrit sur le registre des résidences privées pour personnes âgées, il faut absolument répondre aux exigences du Règlement sur les conditions d’obtention d’un certificat de conformité et les normes d’exploitation d’une résidence privée pour aînés.
Les gicleurs solution miracle?
« Toutes nos installations sont inspectées chaque année par une firme externe », explique Sylvain Milhomme, directeur régional des opérations chez Chartwell-Québec. L’entreprise qui l’emploi possède le manoir Bois-de-Boulogne. Un important édifice qui peut accueillir 280 personnes. L’établissement est doté de tous les équipements de sécurité, dont des gicleurs.
Toutefois, ces derniers ne sont pas une obligation. Louise Desrosiers, chef de section à la prévention au Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), interrogée par notre collègue Frédérique Charest, soutient qu’un système de gicleurs peut aider à sauver des vies, mais ce n’est pas la panacée. « Il faut comprendre que ce n’est pas le feu en tant que tel qui va tuer les gens, mais plutôt la fumée. » À Ahuntsic-Cartierville, toutes les résidences sont dotées d’un détecteur et d’un avertisseur de fumée ainsi que d’une alarme incendie.
Par ailleurs, une fois par an, les établissements doivent faire un exercice d’évacuation conformément à leur plan de sécurité. Une évacuation réussie se déroule en 8 à 11 minutes.
Peur dans les résidences
Paul Nantel, copropriétaire du Vieux Manoir d’Ahuntsic se considère chanceux. Son établissement est un ancien CHSLD doté de tous les équipements de sécurité. Ce n’est pas le feu qui l’inquiète, mais l’avenir.
« Pour les maisons avec moins de 50 résidents ce ne sera pas possible de répondre à de nouvelles exigences. Les petits vont tous fermer si ça continue comme cela. » Il comprend les réactions des gens après le drame de l’Isle Verte, mais pour lui on ne peut pas exiger les mêmes choses à toutes les catégories. « Il faut moduler les exigences en fonction de la taille des établissements », dit-il.
Les deux interlocuteurs admettent que la sécurité des résidents n’est pas un luxe. « Nous travaillons dans un secteur qui offre des services à des personnes, dit M. Milhomme, et la vie n’a pas de prix. »
Pour les personnes à mobilité réduite ou présentant un handicap (surdité, limitation visuelle, etc.), il peut être ardu de sortir rapidement d’un bâtiment en flamme.
Afin d’aider les pompiers dans leur intervention, le SIM a mis sur pied un service où les gens peuvent signaler des personnes vulnérables. Cette base de données leur permet de les repérer et de les aider à évacuer en cas d’urgence. Pour plus d’information.