Se réapproprier son rapport à l'eau
Aujourd’hui à la retraite d’une carrière diversifiée qui l’a mené à travailler à l’Institut d’urbanisme de Montréal, au gouvernement du Québec ainsi qu’à la Ville de Montréal, M. Décarie met désormais son expertise au service de divers organismes associatifs et communautaires œuvrant dans l’aménagement du territoire urbain. Mais il reste que c’est la question de l’eau dans la réalité montréalaise qui fascine le plus M. Décarie: « Se réapproprier l’eau en tant que montréalais, c’était une des idées maitresses du projet Archipel de 1979 sur lequel j’ai travaillé. René Lévesque l’avait d’ailleurs très bien compris lorsqu’on lui avait présenté ce plan d’aménagements hydrauliques à fonctions multiples », indique-t-il.
Entre 1979 et 1986 en effet, 55 M$ ont été investis sur un vaste plan de régulation concertée des six bassins composant l’archipel de Montréal. Rassemblant les ministères des Ressources naturelles, de l’Environnement, des Affaires municipales et des Loisirs, mais également et plusieurs instances municipales et associatives. Sa réalisation impliquait un juste contrôle des niveaux et des débits des eaux de l’archipel et une intervention majeure aux rapides de Lachine. « Par contre avec l’échec du référendum et du rapatriement de la constitution en 1982, la volonté politique du gouvernement s’est essoufflée dès 1983 », déplore M. Décarie.
Une autre des raisons expliquant l’échec d’Archipel selon M. Décarie, provient de la volonté de certains acteurs à en faire un projet strictement économique. « Si la puissance industrielle de Montréal est principalement due à sa localisation, ce développement a toutefois coupé le rapport et l’accès à l’eau des résidants de l’île, des insulaires », s’étonne M. Décarie. Pour l’urbaniste c’est le développement de ces grandes fonctions économique de l’eau, le port, les canaux, les centrales électriques, etc., qui a le plus contribué à en restreindre les fonctions et usages sociaux et qui a limité l’accès à l’eau. Il est maintenant temps de revaloriser cet aspect.
Vers des projets d’aménagement à échelle locale
Jean Décarie est toujours aussi convaincu que l’accès à l’eau des citoyens doit être à la base de projets sociaux, et ce malgré l’échec d’Archipel et de quelques autres initiatives aujourd’hui tablettées dans les ministères et autres administrations municipales. Toutefois, le portrait n’est pas que négatif pour l’urbaniste, puisque depuis une quinzaine d’années, bon nombre d’idées se sont traduites en réalisations locales: « Que ce soit le Parc-nature des Mille-Îles, dont la première phase a été inaugurée en 1998, la réouverture du canal Lachine en 2002, ces projets qui témoignent de l’importance de la réappropriation de l’eau », indique-t-il. Plus localement, les activités du site nautique Sophie-Barat et le futur aménagement écotouristique des berges de la rivière des Prairies participent aussi à ce mouvement.
Travaillant de manière contractuelle pour Héritage Montréal notamment, M. Décarie a encore en tête des plans d’envergure, il blague d’ailleurs à ce sujet: « Ce n’est pas les causes perdues qui manquent en urbanisme et comme je suis libre, tous les organismes qui militent pour une cause perdue m’appellent. »