Quand les condos changent le visage du quartier
De 2010 à 2012, 620 unités des condos ont été construites dans Bordeaux-Cartierville. Dans la même période, à peine 16 maisons unifamiliales ont reçu des permis de construire, alors qu’aucun logement social ou locatif n’a été autorisé.
La situation est vigoureusement relevée par Nathalie Fortin, directrice du Conseil local des intervenants communautaires (CLIC) de Bordeaux-Cartierville. Même si elle note qu’entre 2008 et 2010, «le quartier a connu un boom en matière de construction de logements sociaux», elle précise: «Nous surveillons la situation de près et cela nous inquiète.»
Une inquiétude d’autant plus réelle que le parc de logements locatifs représente à peine 58% du total des habitations recensées dans le quartier. Le taux moyen dans Montréal est de 62%. Une appréhension qui met aussi en évidence la forte demande en logements sociaux dans le quartier.
Dehors, les pauvres?
Dans le quartier, une part importante de la population est à faible revenu. Cette inquiétude est soulignée par Edith Cyr, directrice générale de Bâtir son quartier.
Cette entreprise d’économie sociale, partenaire du CLIC, milite pour la construction de projets immobiliers accessibles aux ménages à faible revenu. Malgré 22 réalisations, totalisant plus de 850 logements dans l’arrondissement, la première responsable de Bâtir son quartier voudrait pouvoir faire davantage. «Dans Bordeaux-Cartierville, comme dans plusieurs autres quartiers à Montréal, les besoins en logements sociaux et communautaires sont grands.»
Cette situation augmente la difficulté pour les ménages, plus ou moins démunis, de trouver un logement dans le quartier. Edith Cyr suppose une gentrification de Bordeaux-Cartierville.
Pas d’affolement
Pour Harout Chitilian, conseiller du district, rien n’est plus faux. «Nous nous assurons que dans tous les projets de condos, il y ait au moins 15% de logements à loyer modéré.»
Il souligne qu’en 2012, il y a eu moins de 50 unités de condos qui ont été construites. Le pic a effectivement été atteint en 2011, avec 466 unités.
L’élu préfère mettre en perspective les chiffres pour l’ensemble de l’arrondissement, où des projets de logements sociaux existent. «Il faut rappeler que nous avons bénéficié aussi du projet Cité Acadie», souligne-t-il.
Ce projet de logements, réalisé dans le cadre d’Accès condos, comporte plus de 520 unités accessibles. Il se définit comme un programme de mise sur le marché d’habitations en copropriété divise, à prix abordables.
Quant au risque de gentrification, «nous sommes très attentifs à cela», affirme Harout Chitilian, tout en soulignant son souci d’offrir dans le quartier des logements accessibles et de bonne qualité.
«Il ne faut pas voir la gestion du parc de logements uniquement à travers les logements neufs. Nous recevons aussi des dizaines de plaintes pour logements insalubres. Nous effectuons les inspections nécessaires et, après les notifications d’usage, les dossiers atterrissent devant la justice. Il faut voir la question dans sa globalité», souligne le conseiller.