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L'échiquier de Mirabel vu par une Ahuntsicoise

Issu d’une réflexion personnelle et d’une démarche respectueuse des faits et des personnes concernées par l’épineuse question de l’aérogare des Laurentides, L’échiquier Mirabel est le plus récent titre de la géographe Suzanne Laurin. Aujourd’hui retraitée de l’Université du Québec à Montréal où elle a été professeure, Mme Laurin propose avec ce livre une étude fouillée tournée vers l’avenir.

« Je dis souvent que j’ai espéré pendant longtemps que quelqu’un écrive ce livre, confie l’auteure d’entrée de jeu, jusqu’au jour où j’ai décidé d’en entreprendre moi-même l’écriture. Car après tout, sur 40 ans, presque tout le monde a été concerné par Mirabel – et ce, malgré l’étrange silence des intellectuels sur la question –, soit pour y avoir pris l’avion, soit pour avoir vécu de près ou de loin l’expropriation ou pour avoir contribuer à construire les installations de l’aéroport », explique Mme Laurin.

Cette réflexion fait d’ailleurs écho à l’introduction de L’échiquier Mirabel alors que Mme Laurin relate avoir demandé à un vaste éventail de personnes, ce que représentait Mirabel à leurs yeux: à la grande surprise de l’auteure, native de la région, tous ont formulé une réponse impliquant l’aéroport. « Cette représentation de l’aérogare, qui s’articule autour de l’échec du projet aéroportuaire, est très intéressante, mais ne reflète pas ce que l’on peut observer à l’intérieur de la zone », commente Mme Laurin.

« Je constate que la question de Mirabel a été figée dans deux volets: premièrement l’échec aéroportuaire et deuxièmement, la triste expropriation de 10 000 personnes. De là provient le discours très sombre sur l’échec de Mirabel, mais la réalité est plus complexe que cela », analyse l’auteure. De ce point central, Mme Laurin a tenté de comprendre comment cette ville, qui par ailleurs est fort dynamique et dont la population est en forte croissance, n’est pas reconnue pour ce qu’elle est devenue, dans le prolongement de l’histoire de l’échec aéroportuaire.

La démarche de L’échiquier Mirabel saura intéresser tous ceux qui se préoccupent de développement régional et des conflits d’usage propres à tout enjeu d’aménagement du territoire. Par une approche minutieuse, voire même archéologique, Suzanne Laurin décortique les éléments clés d’une compréhension globale du phénomène Mirabel, tout en réhabilitant les efforts de reconversion du site. « Bon an mal an, c’est entre 3500 et 4000 personnes qui travaillent encore aujourd’hui dans la zone de l’aérogare », souligne l’auteure. Bref, l’étude de Mme Laurin est tournée vers l’avenir en ce sens ou elle détaille le champ des possibles s’ouvrant aujourd’hui à cette ville en plein essor.

Mirabel comme cas type

La marque au fer rouge qu’a causé l’ambitieux projet aéroportuaire de Mirabel est pour Suzanne Laurin symptomatique de bons nombres de projets, tout aussi ambitieux, qui ont marqué le développement de la province. D’ailleurs le fait que les problèmes récurrents du stade olympique de Montréal ont été si présents lors des discussions entourant la construction de l’amphithéâtre de Québec n’étonne guère l’auteure. « Toutes questions d’aménagements du territoire comportent leurs lots de mésententes quant à l’usage à attribuer à un terrain disponible. C’est le concept du conflit d’usage en urbanisme et donc, à mon sens, il existe des points communs dans l’analyse de toutes ces situations, et c’est évidemment le cas aussi avec ce grand projet immobilier dans Ahuntsic Ouest », commente la géographe

Mirabel peut donc être perçue comme un cas type de la relation entre la valeur d’un projet donné et les enjeux liés à l’aménagement du territoire. Même si, lorsqu’il est question de développement, des intérêts monétaires ou politiques sont toujours en jeu, ce que l’auteure ne refuse pas, Mme Laurin insiste toutefois pour que la planification tienne compte de la réalité régionale dans laquelle elle s’inscrit. « À Mirabel, la reconversion du site de l’aérogare par un couple d’investisseurs s’opère dans le but de répondre à des besoins spécifiques de la région des Laurentides. C’est encourageant de voir que l’orientation donnée aux projets peut améliorer l’offre de services d’un secteur, et ce, même dans une logique de marché », conclut Mme Laurin

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