Non à l’anglicisation de l'Hôpital de Lachine
Un comité de relance a d’ailleurs été créé en 2007 pour sauvegarder le caractère francophone de l’hôpital, regroupant un groupe de médecins, des syndicats, le Mouvement Montréal français et la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.
Cinq ans plus tard, le docteur Paul Saba constate que les francophones de la région reçoivent des services de santé dans un environnement linguistique détérioré. «Les francophones de l’Ouest-de-l’Île subissent un taux d’assimilation de 12 %. Cette proportion d’anglicisation atteint 18 % chez les jeunes francophones de 24 à 34 ans et de 84 % chez les allophones», avance-t-il.
C’est le cas, entre autres, de Réal Brochu, qui n’a pas été servi en français lors de son séjour à l’Hôpital de Lachine. «J’ai demandé à l’infirmière si le médecin parlait français et elle m’a répondu « il parle quand il veut ».»
Le Dr Paul Saba, qui travaille à l’Hôpital Saint-Joseph, ajoute que le MUHC s’était engagé à ce que le personnel puisse évoluer dans un milieu de travail qui valorise la langue de Molière. «Dès le départ, le MUHC a exclu de son comité de vigilance les groupes de défense du français et la plupart des représentants de notre comité de relance. Le comité a cessé de siéger et n’a fourni aucun rapport comme il devait le faire à chaque trois ans.»
Promesses non tenues?
Le 7 juin 2007, l’Assemblée nationale du Québec adoptait une motion unanime reconnaissant à l’Hôpital de Lachine «son statut unique dans l’Ouest-de-l’Île de Montréal, en particulier pour les francophones, en y maintenant des services hospitaliers et spécialisés». Philippe Couillard, ministre de la Santé à ce moment-là, s’était aussi engagé à investir – avec la contribution financière du MUHC et de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal – 60 millions de dollars pour réaménager et renouveler les structures de l’hôpital.
Pour l’instant, seulement cinq millions ont été investis pour améliorer les services, notamment le système informatique en radiologie.
«Où est l’argent promis? Nous sommes dans une situation précaire et ça nuit aux services qu’on a promis, explique le Dr Saba. Les urgences débordent parce qu’il nous manque des lits aux étages et en soins palliatifs.»
Présent sur les lieux, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Mario Beaulieu, a qualifié la situation d’«inacceptable et discriminatoire». Il n’a pas écarté la possibilité d’avoir recours aux tribunaux dans les prochains mois, s’appuyant sur un cas semblable en Nouvelle-Écosse cette année.
Autonomie
Au cœur des revendications, le comité de relance de l’Hôpital Saint-Joseph de Lachine réclame la création d’un conseil d’administration autonome. «On insiste sur notre propre conseil d’administration pour faire bouger les choses. Ça stagne trop, poursuit Paul Saba. Mais ça ne doit pas être un conseil bidon, parce qu’il y a des conseils d’administration où les gens sont choisis et vont suivre la ligne du parti. On veut plutôt un conseil représentatif, avec des médecins et des infirmières élus.»
Le personnel du centre hospitalier ne souhaite cependant pas que l’établissement soit désaffilié au MUHC, seulement qu’il devienne un partenaire affilié. «On veut garantir notre autonomie», a rappelé le Dr Saba.
Comité très actif
Changement de refrain du côté du CUSM, alors que Caroline Phaneuf, conseillère senior à l’Hôpital de Lachine, assure que les employés sont en grande majorité francophones et que la «presque totalité» des communications écrites et des communications orales, en assemblées générales et en réunions, se font en français.
Madame Phaneuf ajoute que ledit comité, formé en octobre 2008 à la suite de l’affiliation de l’hôpital au CUSM, est depuis très actif. «Conformément à ce qui avait été promis, ce comité a rédigé un rapport, qu’il doit encore réviser et auquel il donnera prochainement son approbation officielle, soutient Caroline Phaneuf. Ce document sera par la suite transmis à l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal et au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec.»