Le CJE de Marquette pourrait perdre près de 50% de sa clientèle
En raison de sa clientèle plus jeune que ce que permettent les nouveaux critères imposés par Québec, le Carrefour jeunesse-emploi (CJE) de Marquette pourrait perdre près de 50% de son financement.
Le gouvernement veut forcer les CJE de la province à revoir leurs critères de sélection des usagers. Les clients devront dorénavant être âgés de 18 à 35 ans et être bénéficiaires de l’aide sociale ou de prestations de l’assurance emploi pour avoir accès aux programmes d’employabilité financés par Québec.
Or, au CJE Marquette, c’est près de 80% de la clientèle qui ne correspond pas à ces nouveaux critères imposés par Québec. En ce moment, une trentaine de jeunes se présentent au CJE Marquette chaque jour. Par année, il y a 300 nouveaux usagers.
Si le CJE Marquette refuse l’entente de service déposé par Emploi Québec, il pourrait perdre la part publique de ses subventions, soit 44% de son financement total.
Clients plus jeunes que la moyenne
Selon Nathalie Viel, directrice adjointe du CJE Marquette, situé à Lachine, la vaste majorité des clients sont des jeunes sans revenus ou qui occupent des emplois précaires à «vocation alimentaire».
Elle ajoute que le CJE Marquette est le seul de Montréal à offrir ses services aux jeunes de 13 à 35 ans et insiste sur le fait que ses services sont offerts à des personnes tous statuts confondus, dont les chômeurs, les immigrants et les étudiants qui font un retour sur les bancs d’écoles.
Ces personnes risquent d’être exclues dans la nouvelle structure», déplore-t-elle.
Pour le président du conseil d’administration du CJE de Marquette, Denis Therrien: «Il n’y a pas d’économie dans cette annonce, puisque l’argent vient du fédéral dans le cadre de l’entente Canada-Québec sur le marché du travail. On nous a mis devant le fait accompli. Nous allons demander au gouvernement Couillard un moratoire de 15 mois dans l’application de ces coupures qui ont un impact sur les services offerts aux jeunes».
Nouvelles modalités
Julie White, attachée de presse du ministre de l’Emploi et de la solidarité sociale du Québec, François Blais, veut rassurer les citoyens sur ces nouvelles modalités.
«Comprenez bien qu’on ne veut exclure personne, ajoute Mme White. On demande simplement aux CJE qu’avec notre argent, ils priorisent les personnes sur l’aide sociale et celles au chômage, Il y a près de 725 000 emplois qui sont disponibles pour la jeunesse d’ici 2017. Nous croyons que les CJE peuvent en faire plus pour les personnes de ces catégories».
Jusqu’à 65% des budgets des CJE de la province est attribué par le Ministère. Pour le CJE de Marquette, la part publique est de près de la moitié. Le reste vient d’autres sources de financement.
«Le ministère espère vraiment que les CJE collaboreront, en fonction des nouvelles modalités, mais si pour une raison ou une autre ils ne les acceptent pas, le ministère pourra les référer à d’autres ressources de financement».
Les jeunes s’inquiètent
Les CJE à leurs débuts, en 1995, fonctionnaient par rendez-vous, rappelle Mme Viel. Cette façon de faire est maintenant désuète. «Ce qu’ils aiment surtout des lieux, avance Nathalie Viel, c’est qu’ils peuvent se présenter sans rendez-vous».
«Il faut pouvoir rejoindre la clientèle plus éloignée, qui a besoin d’une approche différente, et qui se fait souvent rejetée. C’est une clientèle qui a besoin d’une approche douce et souple, c’est un groupe qu’il faut tranquillement réintégrer dans le marché de l’emploi. On veut éviter les échecs à répétition. Quand c’est trop structuré, trop rigide, nos jeunes décrochent», conclut Nathalie Viel.
Le CJE a déjà reçu 140 lettres d’appui provenant de jeunes bénéficiaires de ses services, inquiets de l’avenir de leur centre d’employabilité.
(En collaboration avec Robert Leduc)