Le Plateau-Mont-Royal
16:46 20 juin 2021 | mise à jour le: 22 juin 2021 à 14:07 Temps de lecture: 4 minutes

Michel Depatie: élèves et Mani-Utenam en 1991

Michel Depatie: élèves et Mani-Utenam en 1991
Photo: Michel DepatieFrançois Lapierre-Messier et Annabelle Jerome

Ashtam, qui signifie «viens me voir» en Innu, est le titre de l’exposition de l’artiste photographe Michel Depatie, présentée jusqu’au 22 août à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal. Ce photo-reportage partage un échange entre des élèves montréalais et innus, qui a eu lieu en 1991. À travers l’utilisation de plusieurs médiums audiovisuels et picturaux, l’artiste nous plonge dans cette rencontre inoubliable.

Cela fait pile 30 ans que Michel Depatie avait aidé à organiser et accompagner, en tant que parent, un échange entre une classe du Plateau Mont Royal et une de la communauté innue de Mani-Utenam. 
Les élèves de l’école Tshishteshinu étaient les premiers à faire le déplacement à Montréal pour profiter des activités de la ville le temps d’une semaine, en compagnie des écoliers montréalais. Puis, ce sont les élèves de l’école Arc-en-ciel du Plateau qui étaient partis découvrir le quotidien et les traditions de la communauté innue. 
Pendant toute la durée de l’échange, Michel Depatie n’a pas hésité à dégainer sa caméra argentique pour garder en mémoire cet événement qui allait marquer les esprits des 46 écoliers, et des professeurs et parents. « Ces photos-là, quand je les ai faites il y a trente ans […] c’était pour documenter, pour que les familles aient des souvenirs ». Ensuite, les images sont entrées dans le corpus de l’artiste, car elles représentent pour lui le début de son travail en collaboration avec les communautés autochtones. 
Les planches contacts sont l’une des premières choses que l’on découvre en entrant dans la salle d’exposition. Les négatifs, certains en couleur, d’autres en noir et blanc, sont tous disposés sur une table lumineuse. Au mur, les planches contacts représentent sur des feuilles de papier les négatifs imprimés en « positif ». 
Le reste de l’exposition est composé de photographies des élèves montréalais et innus, et des événements auxquels ils ont assisté, accompagnées de trois sérigraphies. Au milieu de la salle, un énorme tambour, don de l’école, trône avec à ses côtés un sac conçu pour financer les voyages. Dans ce corpus, Michel Depatie a fait le choix d’ajouter une touche moderne aux œuvres, avec l’utilisation de la réalité augmentée. Grâce à l’application Artivive, on peut découvrir des vidéos reliées à certaines œuvres. La plupart de ces vidéos sont des témoignages des écoliers et professeures participants, qui partagent les souvenirs gardés de cette rencontre, 30 ans plus tard. 

Début d’une amitié

Cet échange marque le début d’une longue relation entre l’artiste et la communauté. 
Il est depuis revenu plusieurs fois à Mani-Utenam, et s’est lié d’amitié avec la famille Pinette-St-Onge. Cette relation a inspiré Michel Depatie à faire d’autres projets artistiques en lien avec les communautés autochtones, comme Ashu-takusseu / La traversée photographique. Cette série, initiée en 2015 et présentée en 2020 au musée régional de la Côte-Nord, oppose des images produites par Edward Curtis, qui avait documenté les communautés dans les années 1800, à des égoportraits envoyés par des Autochtones. 
Avec ces deux projets, l’artiste ne cherche pas à être un porte-parole des communautés, mais c’est plutôt une remise en question du regard occidental sur les Autochtones, « Je suis un petit peu énervé que des Québécois prennent la parole sans les connaître » a-t-il expliqué. Le photoreportage Ashtam nous laisse entrevoir un événement précis, soit la rencontre entre les élèves, parents et professeurs allochtones et autochtones, un an après la crise d’Oka. Tandis que la traversée photographique confronte des images d’Edward Curtis, que l’on peut voir comme une mise en scène des peuples autochtones, aux égoportraits, qui montrent le regard individuel des membres des communautés. 


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