CSSS et SPVM: une alliance pour combattre l'itinérance
« L’itinérance est exponentielle à l’heure actuelle, même sur le Plateau. Comme la pauvreté s’accroît à Montréal, il y a des gens vulnérables qui vont malheureusement culbuter vers l’itinérance parce qu’ils perdent leur emploi, explique Francine Côté, chef de l’administration des programmes au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance. Nous ne sommes pas en mesure de faire un dénombrement, mais les refuges avec lesquels nous travaillons nous disent que ça déborde. » Pour faire face à ce problème croissant, le SPVM a approché, en 2009, le CSSS Jeanne-Mance pour lui faire une proposition inusitée : former une unité d’intervention mixte composée de policiers, d’infirmières et de travailleurs sociaux. La nouvelle unité devait être apte à intervenir de façon humaine et efficace auprès des itinérants qui faisaient l’objet de plaintes fréquentes venant de citoyens du quartier Centre-Sud. C’est ainsi qu’est née l’Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance (ÉMRII). Depuis, le projet fait boule de neige et s’étend vers d’autres quartiers, dont le Plateau Mont-Royal.
« On sait que les policiers sont souvent démunis face à cette clientèle. Dans le passé, il y a eu des événements dramatiques qui ont malheureusement nui à la relation entre les forces policières et les itinérants. De là est venue l’idée d’agir ensemble pour travailler autrement. On tente par cette initiative de moins judiciariser les itinérants et de les aider par l’entremise des soins et des services sociaux », explique Francine Côté, chef de l’administration des programmes au CSSS Jeanne-Mance.
Intervenir sur le terrain
« Le premier contact entre l’équipe d’intervention et une personne sans domicile fixe se fait souvent à la suite d’une plainte d’un citoyen. Par exemple, lorsqu’un itinérant crie devant la porte d’un commerce. Une fois sur les lieux, les membres de l’ÉMRII évaluent son état de santé et vérifient ses antécédents judiciaires et médicaux. Les intervenants espèrent que cette première rencontre permettra de bâtir avec lui une relation de confiance. « Souvent, c’est avec l’infirmière que commence la relation parce que la personne va avoir des plaies aux pieds ou d’autres problèmes physiques ou mentaux. C’est habituellement par les premiers soins qu’on va faire en sorte que la personne va acquiescer à ce qu’on s’en occupe et qu’on la dirige vers les ressources en itinérance du réseau de la santé et des services sociaux », affirme Francine Côté.
Des actions efficaces ?
En novembre dernier, L’EMRII a obtenu une Mention d’honneur lors de la remise des Prix d’excellence du ministère de la Santé et des Services sociaux. Malgré le succès du projet, des questions subsistent quant à son efficacité. « C’est reçu de façon mitigée dans le milieu communautaire. C’est sûr que l’idée est intéressante à la base. On essaye à Montréal d’avoir un carnet de solutions aux difficultés qui peuvent exister dans l’espace public. L’ÉMRII fait partie de cette boîte à outils dont veut se doter le SPVM, affirme Bernard St-Jacques, coordonnateur communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).» Par contre, Bernard Saint-Jacques dit ne pas être convaincu que les impacts seront à la hauteur des effectifs déployés. De plus, Bernard St-Jacques souligne que bien des personnes en situation d’itinérance ne veulent pas être aidées ou ne sont pas prêtes à quitter la rue. « À ce moment-là, le rôle des organismes, c’est d’améliorer les conditions de vie de ces gens-là. Mais ce n’est pas en faisant ça qu’on améliore nécessairement la cohabitation dans l’espace public ou qu’on règle ce qui fait l’objet des plaintes », affirme M. St-Jacques. « On est une toute petite équipe, mais le travail est intense. Il y a des personnes qui sont très problématiques et qui vont nécessiter des interventions intensives et régulières d’une équipe qui peut inclure une infirmière, une travailleuse sociale et un psychoéducateur. Ça fait en sorte qu’on ne peut pas suivre un très gros volume de personnes », explique Francine Coté du CSSS Jeanne Mance. Toutefois, elle estime que les interventions de l’unité permettent d’amorcer le long processus de traitement des dépendances et des troubles de santé mentale qui sont bien souvent sous-jacents à l’itinérance. Elle ajoute par contre qu’il faudra attendre encore avant de mesurer pleinement l’impact de l’ÉMRII.