Plus d'une vingtaine de salons de massage érotique sur le plateau
Concentrés notamment sur le boulevard Saint-Laurent et l’avenue du Parc, 23 établissements ont pignon sur rue dans l’arrondissement du Plateau, au vu et au su des passants. Certains s’affichent fièrement, exhibant en vitrine une enseigne en néon, tandis que d’autres, nichés au deuxième étage d’un quelconque immeuble, se contentent d’une petite pancarte beaucoup moins ostentatoire.
« Souvent, on met l’accent sur la prostitution de rue qui est plus “dérangeante”. Mais dans la vraie vie, l’industrie du sexe se vit principalement à l’intérieur », soutient Diane Matte, organisatrice communautaire à la CLES.
Or, sur le Plateau comme à Montréal, l’industrie du sexe se porte bien. Selon l’organisme, il y avait 303 salons de massage érotique repérables dans la grande région métropolitaine en 2013. En y incluant les services de massage à domicile et les salons clandestins, le nombre est beaucoup plus important.
En plus des affiches qui attirent le regard, bien des commerces attisent le désir en mettant en ligne des photos aguichantes des masseuses qu’ils emploient. Des forums Internet vont même jusqu’à vanter aux touristes les charmes distincts des salons québécois.
Un phénomène qui fait craindre à Mme Matte une « banalisation de l’exploitation sexuelle comme industrie et comme forme de violence envers les femmes ». Selon elle, en s’affichant aussi ostensiblement, les salons de massage érotique se drapent d’une aura de légitimité.
Floue réglementaire
Depuis 1992, il est interdit à Montréal d’ouvrir un nouveau commerce à caractère sexuel à l’extérieur de l’arrondissement Ville-Marie. Les bars de danseuses et autres peep-shows qui demeurent ouverts ailleurs bénéficient d’un droit acquis.
Pour contourner cet obstacle, les salons de massage érotique, sur le Plateau comme dans les autres quartiers, font la demande d’un permis réservé à l’usage de soins personnels , une catégorie de certification tellement large qu’elle regroupe des commerces qui offrent des services de bronzage, de perçage, de pédicure, de massothérapie et même de coiffure. Du point de vue administratif, ils sont l’équivalent d’un spa urbain.
Selon un porte-parole de l’arrondissement Plateau-Mont-Royal, les inspecteurs n’ont ni l’autorité ni les ressources pour s’assurer que les activités qui se déroulent au sein d’un établissement correspondent bel et bien au certificat d’occupation. Les plaintes, s’il y en a, sont dirigées vers le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Or, le SPVM, lui, n’interviendra en général que si des actes criminels graves y sont commis. Par exemple, si le salon en question est lié au crime organisé, qu’il embauche des mineures ou qu’il participe à la traite des femmes.
« Ils profitent d’un floue réglementaire et d’une non-application du Code criminel. Pas obligé de faire de grandes recherches pour savoir que ce qui se passe à l’intérieur, c’est un échange de services sexuels contre rémunération, déplore Mme Matte. Mais ils profitent du fait que nous sommes dans une période de plus grande tolérance envers l’industrie du sexe. »
Malgré le fait que le Plateau-Mont-Royal soit en cinquième place du palmarès montréalais des arrondissements comptant le plus de salons de massage érotiques, ses élus n’envisagent pas pour le moment de modifier les politiques.
« La prostitution a toujours existé, déclare Alex Norris, conseiller municipal du district Jeanne-Mance et membre de l’administration Ferrandez. Il ne serait pas sage de l’interdire du jour au lendemain. Ça pourrait avoir des effets pervers et contraire aux objectifs. »
Pourtant, à Rosemont-La Petite-Patrie, les élus de Projet Montréal ébauchent en ce moment une réglementation qui leur permettra de diminuer la prolifération des salons de massage érotique.
M. Norris précise que ses collègues et lui suivent avec intérêt ce qui se dessine dans l’arrondissement voisin et que le Plateau-Mont-Royal pourrait un jour décider d’agir à son tour. Toutefois, il estime que le problème n’est pas alarmant et qu’il ne requiert pas d’intervention immédiate. Il ajoute du même souffle qu’en cinq ans, il n’a eu connaissance que d’une seule plainte citoyenne concernant des salons de massage.