Les propriétaires au bout du rouleau
Catherine Bouchard
« Qui va acheter un édifice à 1,4 million de dollars qui ne rapporte même pas quelques dizaines de milliers de dollars par année? Je ne peux pas non plus augmenter les loyers, car j’ai déjà souvent des retards de paiement de la part de mes locataires, qui, eux aussi, n’arrivent plus », souligne le propriétaire d’un immeuble sur l’avenue du Mont-Royal Est, Martihno Ferraria.
Plusieurs locateurs affirment arriver kif-kif lorsqu’ils calculent leurs revenus et leurs dépenses. Les frais et l’augmentation de l’évaluation municipale y sont pour beaucoup, selon eux.
« Chaque année, ils augmentent de 10 % l’évaluation de mes bâtiments, sans que j’aie fait des rénovations! J’ai un de mes édifices qui commençait à se dégrader, j’ai donc fait de la réfection et ça doublé le montant de mes frais. Ça me donne l’impression qu’on me pénalise, parce que je suis un bon propriétaire », souligne Elvis Tzanetakos, qui possède trois immeubles, dont deux sont situés sur l’avenue du Mont-Royal.
L’homme d’affaires a d’ailleurs un espace sur l’avenue du Mont-Royal, à quelques mètres de l’avenue Laurier, qui est vacant, depuis deux ans et demi. Puisque les locateurs sont dans l’obligation de payer les taxes des commerçants, depuis le début des années 2000, il se trouve à débourser près de 15 000 dollars annuellement, pour un local vide.
« J’ai un agent immobilier qui tente de me le louer, mais ce n’est pas évident. On ne devrait pas payer l’intégralité des frais lorsqu’un de nos espaces locatifs est vacant », continue M. Tzanetakos.
Amaro Cosme possède pour sa part des blocs à logements sur l’avenue Coloniale. Avec les frais à acquitter et le marché, c’est sa retraite qui est en jeu.
« Moi, j’ai mes édifices depuis 1982. J’ai des locataires qui sont là depuis vingt ans, je suis obligé d’augmenter le loyer parce que je n’arrive plus et s’ils quittent, je paye comment, moi? En ce moment, je suis pris. Je ne peux pas vendre mes blocs parce que le marché n’est pas favorable, ils perdent de la valeur. Je ne peux pas non plus les donner à mes enfants, parce qu’ils ne seront pas capables de payer les taxes », mentionne-t-il.
Ces propriétaires soulignent ne plus pouvoir distribuer une partie de l’augmentation à leurs locataires commerçants, puisque ceux-ci ne peuvent l’absorber. « À un moment donné, c’est l’accumulation des dépenses qui est le problème. Le tarif des parcomètres, ça devient par la bande une imposition supplémentaire aussi. Les revenus des commerçants n’augmentent pas et nos bénéfices à nous ont diminué de près de 30 % dans les dernières années », conclut M. Tzanetakos.