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Les Ateliers d'éducation populaire en difficulté

Tranchemontagne Daphnée - TC Media
Les Ateliers d’éducation populaire du Plateau-Mont-Royal (AEPP) pourraient bientôt être contraints de fermer leurs portes. La Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui héberge et subventionne cet organisme, n’entend pas renouveler son bail et compte lui couper les vivres, faute de moyens.

Le cas des AEPP n’est pas unique. Cette situation touche également cinq autres centres d’éducation populaire (CEP) de Montréal, implantés dans les quartiers les plus pauvres, soit Saint-Henri, Saint-Michel, Hochelaga-Maisonneuve, Centre-Sud, Pointe-Saint-Charles et le Plateau-Mont-Royal.

Le budget alloué aux centres pour le soutien à l’éducation populaire par la CSDM sera réduit du tiers chaque année, jusqu’en 2015, pour ensuite disparaître. Les baux, quant à eux, ne seront pas renouvelés, étant donné la vétusté des bâtiments concernés. En effet, la CSDM ne possède pas les sommes nécessaires à leur réfection (6 M$).

« On n’a pas de financement pour les activités des CEP ou les coûts d’entretien et d’énergies des immeubles, explique Catherine Harel-Bourdon, commissaire de Tétreaultville et responsable du dossier. Il y a beaucoup de travaux (maçonnerie, remplacement des fenêtres, etc.) à y faire. Comme la CSDM est en situation financière difficile, on ne peut pas prendre ces sommes-là ailleurs. Les CEP ne payaient aucun loyer, on ne pourra donc jamais avoir l’argent pour les travaux. Ça fait des années que l’on demande au ministère de reconnaître cette éducation qui est en marge des programmes. »

« Depuis un an et demi, nous avons discuté et tenté de négocier avec les représentants de la CSDM, l’attaché politique de la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, les députés provinciaux et les élus municipaux. Malgré toutes ces démarches, aucune solution n’a été envisagée », indique Sylvie Laliberté, porte-parole d’InterCEP, qui regroupe les six CEP concernés.

Devant cette impasse, ces centres ont décidé d’interpeller la première ministre, Pauline Marois, afin qu’elle intercède en leur faveur. Ils lui demandent de trouver un partenaire financier qui assurera une utilisation permanente des immeubles qu’ils occupent, un bail à long terme, un financement non récurent de 6 M$ pour la rénovation des différents immeubles ainsi qu’un montant annuel de 700 000 $ pour leur entretien.

Plusieurs élus ont assisté au point de presse pour démontrer leur appui à la cause, notamment le député de la circonscription de Mercier, Amir Khadir, la chef de Vision Montréal, Louise, Harel, le conseiller municipal de Projet Montréal, Richard Ryan ainsi que l’ancien ministre de l’Éducation, Paul Gérin-Lajoie, qui a livré un témoignage qui a ému l’auditoire.

« Ce que nous faisons comme société pour appuyer l’éducation non formelle des aînés, ça sert aux jeunes. Les mères, les grands-mères et les arrière-grands-mères jouent un rôle important dans l’éducation des enfants », a insisté M. Lajoie, avant d’être chaudement applaudi par la foule.

La fin de l’AEPP?

Benoit Lord, directeur général de l’AEPP est inquiet et sonne l’alarme. Le temps presse et si aucune solution n’est proposée à court terme, l’organisme devra fermer, laissant sans ressources ses 750 membres.

« Si on n’a pas un nouveau bail, si on n’a pas de sous, je ne sais pas ce qu’on va faire. C’est l’incertitude. Les AEPP ont déjà déménagé à trois reprises, et chaque fois, ç’a été un gros coup. On a été sur Boucher, puis sur Laurier et on est rendus sur Drolet. On n’aurait probablement pas les reins assez solides pour assumer un loyer ailleurs, car on n’a pas été fondé sur ce modèle-là. On n’a pas l’argent pour déménager. On aurait peut-être les sous pour continuer un an sans subventions supplémentaires. On ne pourrait pas survivre sans une aide de la CSDM ou du ministère de l’Éducation », explique-t-il.

Ce qu’ils avaient à dire :

Plusieurs élus étaient sur place pour démontrer leur appui aux revendications des centres d’éducation populaire. Voici ce qu’ils avaient à dire :

« Je vais déposer une motion au conseil d’arrondissement en appui aux six CEP. L’heure est grave; je connais la situation, car il y a 20 ans, je travaillais moi-même dans un centre d’éducation populaire. Le gros problème de déficit structurel de la Commission scolaire de Montréal fait en sorte que la balle n’est plus dans son camp, mais plutôt dans celui de la ministre Malavoy. Il s’agit d’un réseau parallèle, il ne faut pas penser que toute l’éducation au Québec doit se faire dans un milieu formel. »

– Richard Ryan, conseiller d’arrondissement pour le district Mile End dans le Plateau-Mont-Royal

« Les CEP jouent un rôle indéniable. Ç’a un impact tellement structurant dans l’éducation des enfants. N’oublions pas que près de 85 % des membres sont des femmes.La Révolution tranquille et le Québec d’aujourd’hui ont été construits parce que des gens ont pensé que les réelles transformations viendraient par les femmes. Il est inadmissible qu’en 2013, un gouvernement dirigé par une femme issue directement de la Révolution tranquille coupe dans les ateliers d’éducations populaires qui rejoignent les femmes. Ce n’est pas une question d’espace, mais une question de financement. Il s’agit pour la plupart de bâtiments patrimoniaux et il ne faut pas répéter la même erreur qu’on a commise avec les ponts et les routes du Québec. »

Amir Khadir, député de la circonscription de Mercier

« La Commission scolaire de Montréal fait un effort gigantesque en contribuant, sans soutien du ministère de l’Éducation, depuis maintenant 40 ans à l’offre de services de ces centres. En effet, les services offerts permettent à des personnes ayant pour la plupart des difficultés d’apprentissage et souvent un contexte de vie difficile de s’intégrer de façon graduelle et à leur rythme. »

– Louise Harel, chef de Vision Montréal

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