La religion à Montréal, quelle réalité ?
Difficile cependant de trouver des chiffres récents sur la question de la religion à Montréal. Statistiques Canada met de l’avant les confessions religieuses, mais pas la pratique de la religion. Données beaucoup plus difficile à quantifier. À Montréal donc, la répartition de la population en fonction de sa religion, en 2011, est celle-ci : 1 061 605 chrétiens, dont 852 200 catholiques et 59 395 orthodoxes chrétiens. On compte 35 785 juifs et 154 540 musulmans. On répertorie 32 205 bouddhistes et 5415 Sikhes.
Qui pratique le plus sa foi ?
Parmi eux, combien pratiquent réellement leur religion ? Le sociologue et professeur à l’UQAM, Paul Eid, a fait valoir l’importance que revêt la religion au sein des principales communautés religieuses. Selon ses études, 55 % des musulmans accordent beaucoup d’importance à leur religion, 68 % du côté de la communauté juive et 44.8 % pour les catholiques immigrants (25.3 % pour les catholiques québécois de souche).
Même si chaque communauté accorde plus ou moins d’importance à sa religion, les chiffres sur la pratique s’avèrent plus surprenants. Seulement 26 % des musulmans disent ne jamais pratiquer de manière individuelle, et 60 % ne vont jamais à la mosquée. Un tiers des juifs se rendent seulement trois fois par an à la synagogue. Enfin 50 % des protestants pratiquent collectivement leur foi au moins une fois par semaine. Selon Paul Eid, les données concernant les bouddhistes et les sikhes ne sont pas assez représentatifs pour être publiés, l’échantillon étant trop faible.
Le port du voile à temps partiel ?
Là où le bât blesse dans le port des signes ostentatoires encadré par la Charte, c’est dans le cas des femmes musulmanes qui portent le hijab. «Si dans sa pratique de la religion, elle tient à porter un symbole, elle ne peut pas s’en départir au travail, explique Paul Eid. Le contraire serait perçu comme un manquement à la religion. Tout comme le port du turban qui n’est ni optionnel ni ponctuel.» A contrario, le juif peut retirer sa kippa sans faire entorse à sa religion. Pour le sociologue, «c’est mal comprendre la psychologie du croyant que de penser qu’il puisse retirer le symbole de sa foi.»
Les plus jeunes se méfient des dogmes
En général, les plus jeunes ont une vision plus ouverte de la religion. Par exemple, «les jeunes musulmans s’expriment de plus en plus comme les catholiques. Ils ont une vision plus libérale de leur religion, explique Paul Eid. D’autres au contraire se réapproprient la religion. Elle est ce qui les caractérise, elle fait partie de leur identité. La pratique est alors alimentée par le besoin de définir son identité.» Pour autant, la religion n’est pas l’élément structurant de tous les musulmans. Le rapport à la religion est très varié. «Dans l’ensemble, les jeunes qui la voient de manière plus libérale se méfient des dogmes imposés par un imam ou par un prêtre.»
Rappelons que, si la Charte est votée, le port des signes ostentatoires serait interdit dans la fonction publique au Québec.