Dumpster diving: le bonheur est dans le conteneur
Par un beau jeudi après-midi, l’homme nous donne rendez-vous à l’intersection de la rue Saint-Viateur et de l’avenue du Parc. À peine arrivé sur les lieux, il nous annonce qu’il a déjà fait de belles trouvailles; dans son sac à dos, plusieurs boîtes de macarons confirment que la pêche a été bonne.
Son endroit de prédilection pour s’approvisionner: la ruelle située entre l’avenue du Parc et la rue Hutchison, où l’on retrouve plusieurs arrières cours de marchés d’alimentation.
Premier arrêt: le conteneur de l’Intermarché Les quatre frères. La boîte métallique est solidement cadenassée, empêchant ainsi les gourmands de venir s’y servir, au grand dam de M. Bourassa. Il souhaite qu’un règlement soit adopté pour empêcher de telles pratiques (lire autre texte).
Lors de notre passage, un employé est justement en train de sortir les ordures. Il semble reconnaître le chasseur de poubelles et tient fermement son sac vert. Pas question pour lui de laisser le déchétarien s’en approcher.
« Si j’étais arrivé 15 secondes plus tôt, j’aurais été capable de me sauver avec [le sac] », se désole notre guide.
Ce n’est que partie remise, car un peu plus loin, un butin l’attend. Un bac de recyclage roulant est rempli de pains bien emballés, tandis qu’à côté se trouve un autre conteneur, accessible celui-ci. Avec la grâce d’un gymnaste, M. Bourassa se met en équilibre sur le bord du caisson, avant d’y plonger tête première. Il en ressort un sac, qu’il prend soin d’ouvrir en défaisant son nœud, plutôt qu’en l’éventrant, afin de ne pas répandre son contenu partout. Au premier coup d’œil, celui-ci ne semble pas offrir grand-chose d’intéressant. Toutefois, en fouillant parmi les carcasses de styromousse vides et les pellicules de plastique, l’homme y trouve deux paquets de porc, qu’il s’empresse de recueillir.
Comment fait-il pour déterminer si un aliment est propre à la consommation? M. Bourassa se fie à ses sens (odorat, goût, vue). Or, lorsqu’on lui souligne que plusieurs bactéries dangereuses pour la santé n’altèrent en rien l’aspect, le goût ou l’odeur des aliments, il répond qu’en cinq ans de déchétarisme, il n’a jamais été malade.
« Ces paquets-là se trouvaient dans l’étalage, il y a quelques minutes à peine », plaide-t-il.
Alors que notre tournée s’achève, notre guide aperçoit des cruches de lait en plastique. Minutieusement, il les tâte, et en choisit quelques-unes pour un ami déchétarien.
« Si elles sont gonflées, c’est que ç’a fermenté. Elles ne sont donc plus bonnes. Les autres sont correctes », explique-t-il, avant de repartir les mains pleines de produits qui garniront son frigo et les étagères de son garde-manger.