Cuisiner pour se rapprocher
À peine arrivée sur les lieux, elle est reçue par les résidents qui l’attendent avec impatience pour l’aider à entrer son stock. Tout l’après-midi, Mme Hilaire et son groupe d’une douzaine d’aînés s’affairent à préparer un festin, dans la salle communautaire. En épluchant les carottes et les patates, ils discutent d’alimentation, de santé, mais aussi de la vie.
« J’ai fait mes études en gérontologie et je suis intervenante aux CCGP depuis 10 ans. J’ai voulu marier mes deux passions. Avec Audély Duarte, la directrice de l’organisme, on a monté ce projet pour lequel on a reçu des subventions. Je me déplace donc dans quatre résidences de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) dont la clientèle est principalement constituée de personnes âgées », explique Mme Hilaire.
Une série de six ateliers de cuisine thématique a donc été dispensée dans ces résidences. On y a, entre autres, abordé les questions de la saine alimentation en lien avec le Guide alimentaire canadien, le diabète et l’ostéoporose, mais aussi de la violence faite aux aînés, de l’isolement et de la santé mentale.
Aller chercher les gens
Le but principal de cette initiative était d’aller chercher les gens qui sont souvent isolés, et qui ne sont pas portés à aller chercher des services. Comme l’indique Mme Hilaire, plusieurs aînés hésitent à demander de l’aide, par peur de déranger, ou par méfiance. Elle privilégie donc une approche de terrain.
« Je ne me suis pas contentée d’installer des affiches. J’ai fait du porte-à-porte et j’ai appelé les gens un par un pour qu’ils viennent à l’activité. Ici, on a une super belle salle communautaire, mais les gens ne l’utilisent pas. Portant, rien ne les empêche de continuer et de s’organiser entre eux pour cuisiner. Je souhaite que même si les CCGP ne sont pas là, ils puissent, collectivement, faire quelque chose.
« On a des gens qui se connaissaient de vue, mais qui ne s’étaient jamais réellement parlé. On leur a donné une occasion de tisser des liens, de se forger un réseau d’entraide. Il faut s’intéresser aux gens qu’on ne voit pas, car ils sont vulnérables », fait valoir l’intervenante, relatant le cas de deux résidentes qui s’entraident depuis qu’elles se sont rencontrées lors des ateliers.
« Si on se renferme chez soi, ça devient une phobie de sortir de chez soi et d’avoir un contact avec les autres. Il faut venir nous chercher personnelle », a fait valoir Farida, une des participantes de l’activité.
Projets d’avenir
Si les ateliers « sur la route » des CCGP sont terminés, le projet, quant à lui, n’est pas mort. Mme Hilaire souhaite établir des partenariats avec d’autres organismes communautaires du quartier, comme Projet Changement ou la Maison d’Aurore, pour continuer l’aventure et continuer à aller vers les gens, plutôt que d’attendre qu’ils viennent à eux.
Elle envisage aussi créer des groupes, où des résidents de HLM pourraient se regrouper pour prendre un taxi, et ainsi, sortir de leur milieu pour se rendre aux ateliers des CCGP sur la rue Saint-André, et par le fait même, « changer le mal de place ».