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À bord du 37-2

Tranchemontagne Daphnée - TC Media
Le journal Le Plateau a suivi les agents Laurent Laguë et Giovanni Romanelli, du poste de quartier (PDQ) 37, dans leur patrouille. Aperçu d’une journée dans la peau d’un policier du Plateau-Mont-Royal. 37-2, on le prend!

Jeudi le 2 mai, 15 h, l’équipe de soir se réunit dans la salle à manger du commissariat de l’avenue Laurier. C’est l’heure de la répartition, ou du fall in, comme on dit dans le métier. Après avoir informé les agents des derniers dossiers de la journée, la sergente assigne le duo Laguë-Romanelli à la voiture 37-2.

Premier arrêt : le Second Cup sur l’avenue du Mont-Royal. Omettre de prendre un café porte malchance et annonce une soirée mouvementée, plaisantent-ils. Au-delà du besoin de caféine, ce détour leur permet d’être en contact avec la population et de se tenir au courant de ce qui se passe dans le secteur.

« Je pense qu’en général, les gens aiment ça venir nous parler. Ils se rendent compte qu’ils ne connaissent pas du tout notre travail. Souvent, ils n’ont eu affaire avec des policiers que lorsqu’ils ont reçu un ticket. La plupart du monde nous aborde pour nous poser des questions sur des situations qu’ils ont vécu, ou sur nos collants [NDLR: afin de dénoncer le changement des horaires, les policiers arborent un autocollant en signe de contestation] », explique M. Laguë, alors que son partenaire, M. Romanelli, ajoute qu’il n’est pas rare de voir d’autres citoyens curieux se joindre à la conversation.

Errer à l’aventure

Devant être toujours aux aguets, prêts à répondre à une urgence, les policiers retournent au véhicule. En attendant qu’un appel entre, ils errent dans les rues du nord du Plateau-Mont-Royal, le sud étant desservi par le PDQ 38.

« À moins qu’on ait vraiment quelque chose de particulier à faire, on n’a pas vraiment de plan de travail strict à suivre. On décide un peu de ce qu’on fait. Si jamais on a des dossiers à compléter ou des suivis à faire, on en profite entre deux appels », explique l’agent Laguë.

L’équipe se dirige donc vers l’avenue du Parc, sans raison précise. Sur place, une automobile est garée dans une voie réservée aux autobus. Alors que l’heure de pointe du soir se profile à l’horizon, celui-ci risque de causer des embouteillages, puisque les véhicules de transport en commun devront le contourner. Tandis que les agents s’immobilisent pour donner un constat d’infraction, trois jeunes filles traversent cette artère commerciale achalandée entre deux intersections, forçant les voitures qui circulent à s’arrêter.

« Des infractions, il y en a constamment qu’il s’agisse de personnes qui ne traversent pas au bon endroit ou de vélos qui circulent sur le trottoir. Est-ce qu’on sévit tout le temps? Non. Si on le faisait, on ne pourrait pas parcourir 10 pieds sans donner une contravention », fait valoir M. Laguë.

« Il y a plusieurs façons d’intervenir, que ce soit en donnant un avertissement ou un constat d’infraction. Il y a beaucoup de facteurs qui entrent en ligne de compte et chaque fois, il faut évaluer la situation. Une même infraction peut entrainer différentes façons d’intervenir. C’est à la discrétion du policier », renchérit son collègue.

Bébé à bord

Après avoir averti des automobilistes garés en double, un conducteur qui parlait au cellulaire, donné une contravention à un autre ayant effectué un virage sur une lumière rouge et procédé à une vérification auprès d’un serrurier qui a déclenché un système d’alarme par inadvertance, le duo reçoit un appel : un bambin âgé d’environ 1 an a été laissé sans surveillance dans un véhicule stationné en bordure de l’avenue du Mont-Royal.

Les policiers activent les sirènes et filent à toute allure vers le lieu de l’incident. L’aiguille du tachymètre frôle les 70 km/h. Sur l’artère commerciale, la circulation est dense et les automobiles sont pare-choc à pare-choc. L’agent Laguë, au volant de la voiture de police, doit littéralement zigzaguer entre elles, tout en prenant soin de ne pas faucher un cycliste ou un piéton. Malgré les gyrophares et la sirène, certains ne se pressent pas pour libérer la voie.

« Sur le Plateau, on fait dévier la circulation sur les artères. Or, quand on a besoin de se rendre à un événement, nous aussi on doit passer par les artères qui, souvent, sont congestionnées. Ça allonge grandement notre temps de réponse », déplore l’agent Laguë.

Une autre voiture de police arrive au même moment sur les lieux; la maman et la bambine attendent en bordure de la rue, en compagnie de celui qui a alerté les policiers. L’agent Romanelli se dirige vers la dame afin de faire les vérifications nécessaires, tandis que l’agent Laguë amène l’homme à l’écart pour connaître sa version des faits. Une passante curieuse reste sur place pour écouter, alors qu’un badaud filme, à l’aide de son téléphone, l’intervention.

Après quelque temps, les policiers concluent que l’enfant n’est pas en danger et décident de ne pas donner de contravention. Toutefois, ils avertissent la mère qu’il s’agit d’une infraction qui aurait pu avoir de graves répercussions.

« Une chose est sûre, j’ai appris ma leçon », a-t-elle dit, abasourdie de constater que cette inattention a mobilisé quatre agents.

Personnes en détresse

Un peu plus tard dans la soirée, un appel est logé au 911 : un individu s’inquiète pour un couple d’amis qui pourrait avoir des idées noires et dont il n’a pas de nouvelles. L’adresse se trouve dans Rosemont à la limite du Plateau. Le duo Laguë-Romanelli décide néanmoins de s’y rendre. À quelques minutes d’intervalle, un second appel est fait pour un cas similaire, cette fois-ci pour un homme en détresse psychologique à l’angle de la rue Saint-Denis et du boulevard Rosemont.

En quelques secondes, les agents changent de cap pour se rendre au deuxième appel, puisqu’ils sont à proximité. Une fois arrivés, ils sprintent jusqu’à l’édifice. Toutefois, entre les interférences sur les ondes radio et le bruit de sirènes, difficile de saisir le numéro d’étage et d’appartement. Après une courte recherche sur les différents paliers, ils trouvent l’homme qui est sauf, quoiqu’ébranlé. Les policiers appellent les services d’Urgence santé, afin que son état psychologique soit évalué.

Le tandem décide ensuite de s’occuper du premier appel : celui concernant le couple. Sur le chemin, malgré un sentiment d’urgence, les policiers discutent du quotidien pour détendre l’atmosphère.

« As-tu ton lunch ? », demande l’un.

« Bin quoi, à un moment donné, un gars a faim », répond l’autre.

Pas le temps d’extrapoler davantage sur le menu du souper, ils arrivent sur les lieux. Dans le hall d’entrée, la concierge du bâtiment les accueille, persuadée qu’ils viennent pour un couple qui se chicane violemment. Selon elle, il ne s’agirait pas de leur première altercation.

Les agents Laguë et Romanelli lui indiquent qu’ils n’ont pas reçu d’appel à cet effet et se dirigent vers l’appartement du couple en détresse. Après avoir vérifié que tout le monde se porte bien et qu’il ne s’agit que d’un imbroglio, ils se rendent vers le logement pointé par la responsable de l’édifice. L’homme et la femme accueillent les agents d’une manière cavalière. La tension est palpable et les esprits, échauffés. Pour désamorcer la situation, les agents usent de tact et de diplomatie. En quelques minutes, ils arrivent à faire descendre la tension d’un cran. À force de discussions, ils essaient de les amener à trouver des solutions pour régler leur conflit, avant qu’il ne dégénère.

Cette dernière intervention terminée, les policiers Romanelli et Laguë retournent au PDQ pour leur pause du souper, durant laquelle, ils pourront regarder la fin du premier match de hockey des séries éliminatoires.

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