Tout le monde parle de Hochelaga-Maisonneuve
Le vandalisme dénonçant l’embourgeoisement de Hochelaga-Maisonneuve fait beaucoup jaser. Plusieurs intervenants ont débattus le 4 décembre dernier, sur différentes tribunes radiophoniques. Voici ce qu’il s’y est dit.
Entendu à Médium Large, Radio-Canada
Éric Pineault, professeur au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal :
« Le cycle de la gentrification commence souvent par un investissement dans un quartier paupérisé par une frange de militants et d’artistes d’avant-garde avec plein de bonnes intentions. Ces gens-là amènent certains services et un certain je-ne-sais-quoi si intéressant. Et là, ceux qui vont suivre ouvriront des galeries d’art, des cafés, des lofts, etc. Souvent, on va dire que, malheureusement, ce sont les étudiants de gauche qui vont enclencher le processus de gentrification. »
« Le taux de socialisation du parc d’immeuble (NDLR: le nombre de logement social et de coopérative) est beaucoup plus faible (à Hochelaga-Maisonneuve). Le droit à la ville, c’est très concret : c’est le logement social. Le problème, c’est que la Ville de Montréal met toutes ses politiques du côté de l’accès aux condos pour les familles. Maintenant, il y a vraiment un déséquilibre par rapport aux politiques. »
Entendu à C’est pas trop tôt, Radio-Canada
Gabriel Nadeau-Dubois, figure marquante du printemps érable :
« Le cas d’Hochelaga-Maisonneuve est tristement emblématique du modèle de développement urbain qui prévaut actuellement dans certains quartiers. À Hochelaga-Maisonneuve, les loyers ont augmenté d’à peu près 30 % en 10 ans. Dans un quartier où il y a 80 % de locataires, c’est une tragédie pour des milliers de familles. Les gens qui ont posé les fameux actes, dans la nuit du 26 au 27 novembre, dénonçaient un processus de gentrification. C’est souvent un gros mot qui peut faire peur. Des fois beaucoup gens me disent » je ne sais pas ce que ça veut dire au fond la gentrification. « »
« C’est bien parce que ces gestes-là ont eu le mérite de pointer un problème réel qui est latent depuis longtemps. Je ne pense pas qu’il y a personne, dans les intervenants communautaires du quartier, qui soit contre la revitalisation. Ce que les gens demandent, c’est qu’elle profite à tout le monde et une qu’elle ne mette pas des gens à l’écart. (…) Il faut que ça soit un développement équitable, et cela passe par des logements sociaux, des coopératives, et surtout par des projets structurants. »
Lise Ravary, journaliste indépendante, auteure, chroniqueuse et blogueuse pour le Journal de Montréal :
« On ne parle pas d’enfiler des Gap et des McDo sur la rue Ontario. On parle d’une revitalisation. C’est vrai qu’il faut faire attention. On ne veut pas se retrouver avec une autre horreur comme Griffintown, qui est, à mon avis, l’horreur des horreurs. Tsé, c’est » Allez, les développeurs, faites ce que vous voulez « . Oui, il faut du logement social. Je trouve qu’il y a une instrumentalisation de la réelle pauvreté qui existe, dans Hochelaga-Maisonneuve par certains groupes idéologiques qui s’en servent pour faire avancer des agendas qui, dans le fond, n’ont pas grand-chose à voir avec la situation que vivent au quotidien les gens qui y résident. »
« Pourquoi ne pas aller lancer des briques dans les vitres des piqueries et des revendeurs de drogue? Tout le monde sait où ils sont! Peut-être que c’est leur pusher, on ne sait pas… »