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La petite histoire de l’école Germain-Valade

Le 19 décembre 1984 se réunissait à la bibliothèque municipale Henri-Bourassa, un groupe de personnes pour qui la préservation et la mise en valeur du patrimoine local étaient une préoccupation. Le groupe prit la décision de créer un comité provisoire dont le mandat était d’entreprendre les démarches requises pour l’obtention d’une charte. Marguerite P. Garand fut désignée présidente fondatrice de la Société d’histoire Kitchesipi.

Le 23 septembre 1985, la Société d’histoire présentait la conférence de Lorraine Fonk Twardy au Centre de la restauration « Le Bertin », sis au 10715, boulevard Pie-1X, tout près de la rue Amiens. Parmi l’assistance était présente Aurore Desjardins, âgée de 85 ans. Elle lui avait enseigné à l’école Germain-Valade. En 1960, Aurore fut décorée « Officier de l’Ordre du Mérite scolaire ».

La famille Fonk est arrivée à Montréal-Nord en 1923. Elle résidait au 1960, boulevard Gouin Est, angle du boulevard Pie-IX, aujourd’hui devenu le 4052, boulevard Gouin Est. La situation économique du temps était peu favorable. Les gens allaient chercher leur « bon de chômage » à l’hôtel de ville « en haut de la côte » ou à la caserne de pompiers angle du boulevard Perras et Germain (aujourd’hui Henri-Bourassa et Gariepy). C’était les années du secours direct.  

La conférencière fit appel à sa mémoire prodigieuse. « C’était le Montréal-Nord rural ». Trois rues seulement étaient pavées : Pie-IX (Le pont Pie-IX est ouvert à la circulation le 5 décembre 1937,) Gouin et Saint-Michel. Les autres n’étaient que des sentiers ou des sillons de voitures. La première station de taxis était située au coin des boulevards Pie-IX et Gouin. Le premier magasin général du village appartenait à la « mère Comtois » où l’on vous vendait  des biscuits cassés à .03 cent la livre. Au village, il y avait l’épicerie de M. Pigeon. Le premier salon de barbier était la propriété de Napoléon Bédard, Clovis Éthier, était le fournisseur de bois et de charbon. Le Docteur Ovide Clermont, « un brave homme qui ne comptait pas son temps et qui écrivait ses factures sur de la glace comme on dit » demeurait sur la rue l’Archevêque,  le docteur Dagenais résidait au 4590, boulevard Gouin. Sans oublier les docteurs Fabier et Lizotte.

Enfant, Lorraine fut inscrite à l’école Valade, de 1923 à 1932. C’est en 3e année qu’elle a pris goût à l’enseignement, car l’institutrice la faisait agir comme monitrice pour l’apprentissage de l’anglais. En 1935, Lorraine Fonck-Twardy a obtenu son diplôme d’institutrice à l’école Normale Jacques-Cartier. Le 17 octobre 1935, elle commença sa carrière à titre de « maîtresse d’école ». Après avoir fait une journée de suppléance à l’école Nicolas-Viel, elle s’est retrouvée à Saint-Vital où elle a passé les plus belles années de sa vie à enseigner et à s’occuper du chant pendant 13 ans. Elle fit carrière dans l’enseignement pendant 50 ans, dont 31 ans à Montréal-Nord. Elle prit sa retraite en 1979. Parmi son groupe d’élèves, elle se souvenait notamment de Roger Boulé, Rolland Gervais, Ernest Robitaille, Roger Gervais, Cécile Lapierre, Joseph et Adèle Robitaille, les deux sœurs Lamontagne…

L’école Germain-Valade ou Saint-Vital fut bâtie en 1917-18. L’école ouvrit ses portes en septembre 1918. Gravé dans la pierre, on y lisait « École Germain-Valade. Monsieur Edmond Valade céda une partie de sa terre pour cet emplacement »

À sa façon, en y incluant le nom de son épouse, Ida Germain, il  rendait hommage à la famille Germain.

La bâtisse comprenait deux étages; au premier se situait le bureau du directeur, une salle de professeurs et trois classes; au deuxième, les appartements du directeur et plus tard ceux du concierge et trois classes. Les planchers étaient fabriqués de bois franc verni. Le sous-sol était divisé en deux salles de récréation.

La Commission scolaire de Saint-Charles Bas-du-Sault, fondée en août 1891, assumait la responsabilité administrative de l’école Germain-Valade. Théodule Ouellette fut le premier principal de l’école Germain-Valade. Son épouse, Marie-Anne Fauteux, le secondait dans son travail. Outre son poste de principal, Théodule Ouellette enseignait la septième année. Le personnel se composait des demoiselles Lamy, sœur d’Ernest Lamy, principal à Nicolas-Viel, Clémentine Gagnon, Florida Pelletier, Lumina et Léontine Bastien, toutes les classes étaient mixtes.

Selon Lorraine Fonck-Twardy, même les prières n’ont pu empêcher l’annexion de cette commission scolaire  à celle de la Commission des écoles catholiques de Montréal, en 1929. Après l’annexion, l’école Germain-Valade est devenue Saint-Vital. Trois instituteurs se sont ajoutés au personnel enseignant : Lionel Racine, Armand Cléroux et Sylvio Paquin. En plus de leur travail à l’école, le premier s’occupait de la Caisse populaire et le dernier agissait comme maître de chapelle à l’église Saint-Vital.

Toutes les activités convergeaient vers l’enseignement. Une fois par mois, les élèves compétitionnaient entre eux sur les thèmes du français et de l’anglais, utilisant surtout les verges, l’épellation, les tables de multiplication. La fierté pour l’élève était de terminer premier du groupe, même si la récompense remise était de recevoir une image! Chaque mois, le curé, Emmanuel Carrière, de la paroisse Sainte-Gertrude, se présentait pour faire la lecture des notes.

Une anecdote à ce sujet :

–  Le curé : « Mais, mademoiselle, vous.lui avez donné une note de 102% ? »

–  La maîtresse, toute gênée de répondre : « Mais, monsieur le curé, je lui ai donné quelques petites notes d’extra »

Et, il ne fallait pas oublier la visite de monsieur l’inspecteur Dussault! Comme les élèves le craignaient. Pourtant, il était affable et doux. Avec les années, les élèves s’y habituaient : « Bon les enfants, sortez vos cahiers, je vais vous donner une dictée »,de dire l’inspecteur. À la fin de l’année scolaire, une grande fête était organisée. Pendant deux mois, les professeurs exerçaient les élèves : pièce de théâtre (Le Mirage) déclamations, chants et les plus chanceux exécutaient des pièces de musique sur le lourd Heinzman (piano).

Lorraine Fonk Twardy raconta la visite des fameux missionnaires de la Sainte-Enfance « Qui ne se souvient pas d’avoir donné .12 sous pour un petit chinois? »

Après toutes ces années passées dans le milieu de l’enseignement Lorraine Fonk Twardy était d’avis que « la générosité des élèves dépendait toujours de la conviction des professeurs ».

Que de souvenirs! 

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