Abolition du courrier à domicile: Mont-Royal ne collaborera pas
Marie-Pier Gagné
«C’est certain qu’on déplore ça, affirme d’emblée Philippe Roy, maire de Ville Mont-Royal. On avait un service à domicile qui fonctionnait bien et là on se retrouve avec plus rien. On passe carrément d’un extrême à l’autre.»
Dans la foulée des maires qui s’opposent à l’action posée par Postes Canada, le maire de Mont-Royal s’est confié à L’Express, défendant qu’il y aurait eu possibilité de réduire le service, sans toutefois l’abandonner complètement. L’élu voit d’un mauvais œil la décision de Postes Canada.
«Je trouve que c’est exagéré comme décision, continue-t-il. On aurait certainement dû évaluer toutes les options possibles avant de couper le service.»
Un caucus s’est tenu le 18 août par les élus de la ville et tous se sont montrés en désaccord avec le choix de Postes Canada, selon M. Roy. «On n’a pas l’intention de collaborer», affirme le maire.
Pas en 2015
L’implantation de nouvelles boîtes postales communautaires a récemment été annoncée dans certaines municipalités du Québec. Ville Mont-Royal n’est toutefois pas encore sur la liste des villes et des arrondissements qui seront touchés d’ici le début de 2015.
Mais selon Philippe Roy, il y a quand même de quoi s’inquiéter. «On n’y échappera pas, nous non plus, soutient-il. Il faut s’y préparer.»
Entre autres, l’élu appréhende l’installation des boîtes postales. «Où est-ce qu’on va mettre ça?, demande-t-il. J’espère qu’on sera consultés. On ne peut pas placer ces boîtes n’importe où, pour des raisons de sécurité et d’urbanisme.»
Le sort des personnes à mobilité réduite inquiète aussi le maire. «C’est inconcevable de demander aux personnes âgées, entre autres, de se déplacer pour aller chercher leur courrier.»
Manque de communication
M.Roy déplore le manque de communication entre Postes Canada et les villes et arrondissements. «On ne sent pas qu’on a été consultés», commente-t-il simplement. Le maire en a profité pour mentionner que lors d’une récente assemblée des maires des villes liées, les élus s’étaient tous indignés de la décision de la société d’État. «Disons que les réactions ne sont pas très positives», admet-il.
D’ailleurs, le maire de Westmount, Peter Trent, a ardemment dénoncé ce manque de transparence. La semaine dernière, lors de l’annonce de la décision de Postes Canada, il avait déclaré envisager interdire les permis de construction des nouvelles boîtes, afin de freiner l’initiative.
L’Express a tenté de recueillir les commentaires de Postes Canada à ce sujet. Sans répondre aux questions précises, Anick Losier, porte-parole de la société d’État, a souligné, dans un courriel que «Postes Canada reconnaît qu’il s’agit d’un changement majeur pour certains clients, mais que ce changement est nécessaire pour assurer l’avenir du service postal.»
Une pilule difficile à avaler
De son côté, Alain Robitaille, coordonnateur régional de la campagne Sauvons Postes Canada, réagit fortement à la situation. Selon le syndicaliste, la pilule est difficile à avaler sur le terrain. «Postes Canada n’a consulté les maires, ni la population, fait-il remarquer. C’est inacceptable.»
Le problème, selon M. Robitaille, est que la décision a été prise en vase-clos. «Ils se sont fiés sur le milieu économique de seulement 46 municipalités à travers le Canada, relate l’homme. Ce n’est pas représentatif.»
Alain Robitaille ne s’en cache pas: il est totalement du même avis que les maires. «Notre syndicat des facteurs a toujours eu des problèmes avec la transparence de Postes Canada. Ce n’est pas une nouveauté», conclut-il, en soupirant.