Un couple, un public et un psy
À travers les incompréhensions et les tentatives de rapprochement, un couple se déchire, résume le synopsis. Cette pièce de théâtre interactif de Guy Corneau, écrit en collaboration avec la comédienne Danielle Proulx et mis en scène par Claude Lemieux, met en vedette l’auteur et un couple en difficulté interprété par Jacques Baril et Corinne Chevarier.
De scène en scène, ce couple frôle l’impasse. Il faut alors toute la sagacité du public animé par Guy Corneau pour amener les deux protagonistes à comprendre leurs non-dits. À un point donné, le public est même invité à monter sur scène pour souffler des répliques aux acteurs. Mais est-ce que l’authenticité de ce dialogue inspiré par la salle saura les aider à se retrouver ou, au contraire, les conduira-t-il à se séparer véritablement ?
« La psychanalyse, c’est mon travail » explique Guy Corneau, psychanalyste reconnu et résident d’Outremont. « Mais j’ai travaillé dans le monde du théâtre dès 1977. Depuis l’enfance, l’écriture me plaisait. Puis j’ai fait mes premières études en communication, où l’on travaillait des personnages partis de nous-mêmes. De retour à l’université, j’ai appréhendé le niveau symbolique dans le chœur grec qui dit les émotions des personnages. J’y ai vu comme une transition naturelle entre le théâtre et la psychologie. La création théâtrale me demandait beaucoup d’implication et j’étais fatigué de crever de faim. Quand j’ai des artistes et des musiciens en thérapie, je commence toujours par le théâtre. »
Un théâtre des mythes
« Céline et André, c’est un théâtre des mythes. La pièce a été créée en séminaire et visait une pacification relationnelle qu’elle soit amoureuse, amicale ou professionnelle » développe le thérapeute et homme de théâtre. « L’idée était d’écrire une pièce comme on en a besoin. Daniel Proulx était très partante. La pièce se divise tout d’abord en trois scènes : la première scène aborde les conflits versus les non-dits; la deuxième scène traite des peurs non assumées; et la troisième scène parle des blessures passées. »
Guy Corneau s’implique comme maître de cérémonie en parlant avec le public. « Mon public se réchauffe peu à peu. Et quand il n’est plus capable d’expliquer et de conseiller le couple, je les invite sur scène pour apporter leur aide. Les spectateurs qui interviennent se placent derrière les acteurs pour éclairer leur conflit. Toutefois, ce n’est pas un théâtre forum. Ils interviennent comme une doublure. Les acteurs reprennent alors les mots et les souffrances et improvisent selon les nouvelles directives. »
« Ce projet suit une réflexion, il s’agit d’apprendre en plus de se divertir au théâtre. C’est un couple bien défini au début, puis les gens le font éclater par ce qui les renvoie à leur propre couple. Finalement, André et Céline deviennent des marionnettes. C’est une forme de théâtre du truchement, et cela est ludique. Les spectateurs en repartent émus et inspirés. »
« Je suis dans l’action moi-même pour apporter une certaine forme d’authenticité et interagir avec le public», précise Guy. « Il existe alors une intelligence, une intuition entre le psy et l’acteur rompu à cette souplesse de jeu. Les acteurs acceptent cette donnée où ils ne sont plus maîtres de leur jeu. Cette pièce sera jouée devant les 400 places du Gésu, une salle qui permet une réelle intimité entre le public et les comédiens », termine Guy Corneau.
« Céline et André, une histoire d’amour à éclairer » de Guy Corneau, au Gesù, 1200, rue de Bleury à Montréal. Ouverture des portes à 19h30, spectacle à 20h.