Pas de pauvreté dans l’Est
« C’est complètement faux de dire que l’Est n’est pas défavorisé », assure le directeur du réseau des écoles de Montréal-Est–Pointe-aux-Trembles à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI), Martin Landry.
La directrice d’Action secours, Vie d’espoir, Pierrette Joly, s’explique mal que d’un côté une étude montre qu’il n’y a pas de pauvreté dans le secteur alors que de l’autre, les demandes d’aide alimentaire ne cessent d’augmenter.
« Pointe-aux-Trembles n’a jamais été vu comme un secteur pauvre. Pourtant, nous recevons beaucoup de demandes d’aide et nous avons même implanté des services de petits-déjeuners à la demande d’écoles, puisque certains jeunes n’ont pas la chance de manger le matin », déplore Mme Joly, qui craint de ne pas recevoir le financement nécessaire pour l’implantation de ce service.
La directrice du Pignon de l’Est, Natalie Laporte, est du même avis. « Je vois des enfants qui ont faim. Quand un enfant de neuf ans mange quatre barres tendres à 13 h, c’est parce qu’il ne mange pas beaucoup chez lui », juge-t-elle.
Effets sur les organismes
Malgré tout, la directrice générale de la Corporation de développement communautaire (CDC) de la Pointe, Suzanne Bernard, ne croit pas que cette étude aura un impact sur le subventionnement des organismes : « ce qui est dommage, c’est que ça projette une fausse représentation du portrait de la pauvreté du secteur. »
Par contre, l’indice de défavorisation des écoles, qui est établie par le Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal (CGTSIM), a un impact sur le financement des écoles.
« Il y a plusieurs organismes qui distribuent des fonds. Selon le CGTSIM, il n’y a pas d’école défavorisée dans l’Est, alors nous ne recevons pas de subventions de leur part. Par contre, le Réseau réussite Montréal et l’indice de défavorisation par école du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) identifient plusieurs écoles du secteur comme étant défavorisés, alors eux nous donnent des fonds », explique M. Landry.
L’indice du MELS est basé sur le seuil de faible revenu (SFR) et l’indice de milieu socio-économique (IMSE), calculé à partir du niveau de scolarité de la mère et du chômage du ménage. Alors que l’indice du CGTSIM est basé sur le faible revenu et le chômage familial ainsi que la scolarité et la monoparentalité de la mère.
« Pour les subventions, ce sont les pourcentages qui comptent, ce qui ne nous aide pas. Si c’était en nombre absolu, les besoins réels ressortiraient davantage », précise Mme Bernard.
La pauvreté dans l’Est
Si l’Est n’est pas le secteur le plus défavorisé d’un point de vue matériel, les problèmes de santé publique et de décrochage scolaire y sont élevés. Selon la CDC, la pauvreté dans le secteur est encore très mal connue. « Évalué la pauvreté pour agir de façon plus efficace fait partie des objectifs de la CDC », affirme Mme Bernard. Pour sa part, M. Landry croit bénéficier d’outils adéquats pour évaluer la pauvreté.
« Pointe-aux-Trembles est plein de paradoxes qui ne sortent pas dans les statistiques. Entre autres, la classe sociale utilise une stratégie, qui camoufle la pauvreté. Ce n’est pas parce que le revenu familial du secteur tourne autour de 45 000 $ par année que les gens sont riches. C’est-à-dire que dans le secteur, il y a beaucoup de maisons multigénérationnelles parce que c’est la façon que les gens ont trouvée pour avoir un peu plus d’argent », raconte Mme Bernard.
« Nous soupçonnons que les gens de l’Est sont dans la classe moyenne basse, c’est-à-dire qu’ils vivent bien, mais lorsqu’un membre de la famille perd son travail, c’est rapidement la catastrophe », avertit-elle. Selon cette dernière, Montréal-Est serait plus défavorisé que Pointe-aux-Trembles.