Drones dans les prisons du Québec: les craintes ravivées
L’alerte a été sonnée récemment à la prison de Rivière-des-Prairies pour retrouver une arme qui y aurait été introduite grâce à un drone. Une situation qui a ravivé les craintes de voir ce genre d’appareils servir des desseins criminels au sein des centres de détention du Québec.
Les fouilles entreprises à Rivière-des-Prairies n’ont pas permis de retrouver l’arme, toutefois une telle éventualité est loin d’être une vue de l’esprit.
Il faut savoir qu’un DJI Phantom, un drone grand public très performant, est disponible à moins de 700$. Il peut transporter une charge de 1000 grammes. Une arme chargée Smith & Wesson model 15 pèse à peine plus de 960 grammes.
«Nous prenons très au sérieux les risques d’introduction d’objets interdits dans les établissements de détention (ED) par des drones, ainsi que par tout autre moyen qui pourrait menacer la sécurité des personnes dans les ED», indique un porte-parole du Ministère de la Sécurité publique (MSP).
Plusieurs drones dans les prisons
Dans un document publié en vertu de la loi sur l’accès à l’information à la suite d’une demande du réseau TVA, le Ministère indique que six drones ont été saisis dans les prisons du Québec entre 2013 et 2015: quatre à Bordeaux et deux à Rivière-des-Prairies.
Plus alarmant, 12 drones ont été observés près d’établissements de détentions québécois entre 2014 et 2015. L’un prenait des photos sur un terrain adjacent à la prison de Rimouski. Les autres ont été apperçus dans la région métropolitaine.
Une loi inadaptée
La loi n’interdit pas de posséder ou d’utiliser un drone. «Seul l’usage en différencie l’appellation et la réglementation», explique Jean Laroche, responsable au Centre québécois de formation aéronautique (CQFA) où l’on offre des formations pour piloter ce genre d’appareil.
«Dans la loi, cela s’appelle un modèle réduit d’aéronef si on l’utilise comme passe-temps ou un unmanned aerial vehicles (UAV, véhicule aérien sans pilote) si on en tire un quelconque avantage financier, scientifique ou professionnel.»
Pour ce spécialiste, la technologie dans ce domaine est allée très vite et permet aujourd’hui à quiconque de s’offrir ou de se fabriquer un tel engin. «C’est comme si tout le monde roulait avec une voiture depuis des années et ce n’est que maintenant qu’on se met à construire des routes ou à installer des feux de circulation», observe-t-il.
«On commence doucement à mettre en place des lois, mais cela prend du temps», note M. Laroche. Le 14 décembre, la Federal Aviation Administration aux États-Unis a décidé d’obliger l’enregistrement de tous les drones dépassant les 250 grammes, une disposition jugée excessive par M. Laroche.
Le Ministère affirme que des mesures ont été prises pour assurer la sécurité dans les prisons et parer aux introductions de drones que ce soit par la pose de caméras, d’appareils de détection ou par l’installation grillages dans certaines cours de prisons. On cite aussi la recherche continue et l’analyse de solutions technologiques, ainsi que la collaboration avec les partenaires afin de trouver des parades à ce phénomène.
Tant au Canada qu’aux États-Unis, les experts planchent sur des solutions pour éviter que des drones puissent survoler des zones situées à proximité des prisons, ce qui, à la base, est formellement interdit dans les deux pays, peu importe le poids ou le type d’usage qu’un utilisateur pourrait faire de l’appareil.
Les méthodes envisagées, en plus de prendre du temps à mettre en place, sont passablement coûteuses.
Aux États-Unis, on réfléchit actuellement à l’implantation d’un système de détection de drones. Un tel dispositif pourrait coûter entre 350 000 $ et 400 000 $ par établissement, selon ce qu’avancent des médias américains. Lorsqu’on sait que le Federal Bureau of Prisons exploite 122 établissements correctionnels fédéraux, la facture peut grimper rapidement.
En juillet 2014, l’Alberta a annoncé qu’elle avait pris des mesures pour lutter contre le phénomène, mais l’administration refusait d’en divulguer la nature et l’ampleur, par mesure de sécurité.
En collaboration avec Jean-Marc Gilbert