Ces coiffeurs écologistes
Lorsque Sophie Perrault et Julie Fortin, deux des trois propriétaires de Mëdz Salon, ont vu les premières images du drame, elles en ont été secouées. « J’ai été traumatisée par ce que j’ai vu », explique la première. « Pour moi, c’était quelque chose d’effrayant », s’exclame la seconde. Rapidement, elles se sont rappelées que leur salon récupérait les cheveux pour ce genre de catastrophe écologique.
Les deux coiffeuses, ainsi que leur collègue Marie-Ève Medza, ont ouvert leur premier salon haut de gamme à Verdun en 2007. Elles n’opèrent que depuis 2012 sur la rue Masson. Mme Fortin assure que dès le début, la vision de leur entreprise était d’être le plus vert possible. « Cela faisait longtemps que nous pensions à être écologiques. Nous avions de grandes aspirations, mais à l’époque, c’était impossible. Il n’y avait aucun service de recyclage ou de récupération des produits chimiques pour les commerces », explique Mme Perrault. Lorsque la compagnie canadienne Les Salons Green Circle s’est installée sur l’île, les propriétaires de Mëdz Salon ont tout de suite sauté sur l’occasion.
Scott Moon, associé en développement d’affaires pour Green Circle, indique qu’il y a une faille dans le système de recyclage de la plupart des villes. « Il n’inclut pas les produits chimiques ni les métaux utilisés par les entreprises comme les salons et les spas. Nous nous en chargeons pour eux », explique-t-il.
« Ça fonctionne »
Ainsi, bien avant le déraillement à Lac-Mégantic, les coiffeurs du Mëdz Salon s’étaient depuis longtemps habitués à déposer les cheveux dans une boîte en carton remise par Green Circle. « Nous les gardons pour les déversements de pétrole », précise M. Moon. En effet, ils ont la capacité d’absorber le pétrole : une livre de cheveux pourrait absorber jusqu’à quatre litres ce liquide.
Green Circle a jusqu’à maintenant dix mille livres de cheveux qui attendent d’être utilisés. Sur ce chiffre, Mëdz Salon en offert 51 livres, et ce en trois mois seulement. « Nous savons que ça fonctionne. On l’a vu dans le golfe du Mexique en 2010 », insiste l’associé en développement d’affaires. De fait, plusieurs tampons en bas de nylon contenant des cheveux ont été lancés dans le golfe pour absorber le pétrole suite à l’explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon.
Une option à oublier?
Or, du côté du ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, la réponse est catégorique : les cheveux ne sont pas nécessaires. « On n’est pas contre le principe et on comprend que les gens désirent aider. Par contre, au niveau de la rivière Chaudière, c’est des produits dangereux qui nécessitent le travail d’experts », explique Jean-Marc Lachance, directeur pour la région Chaudière-Appalaches du Centre de contrôle environnemental du Québec.
Selon lui, si les compagnies engagées par le gouvernement jugent que c’est une option envisageable, alors le ministère acceptera volontiers les cheveux des citoyens. D’ici là, cela ne sert à rien, et ce malgré ce qui a déjà été fait dans golfe du Mexique. « De toute façon, il n’y a presque plus rien de visible au niveau de la surface de l’eau, précise M. Lachance. Là, on va s’attaquer à ce qu’il y a d’emprisonné dans les berges. »
Pour M. Moon, cette attitude est surprenante, mais entre dans la logique du marché. « Ils ont confié le contrat à une entreprise privée. C’est elle qui ne veut pas utiliser les cheveux. C’est pourtant une manière plus économique et plus écologique de nettoyer le pétrole », s’exclame-t-il.
Quoi qu’il en soit, les propriétaires de Mëdz Salon continueront à recueillir les cheveux de leurs clients. « La plupart d’entre eux savent jque nous recyclons les produits et le matériel que nous utilisons. Certains choisissent de venir ici par conscience sociale alors que d’autres le font parce que c’est tendance d’être écologique. En tout cas, ils sont tous fiers en sortant du salon », souligne Mme Perrault.
Rémy-Paulin Twahirwa