Trouver un 4 et demi dans RPP : mission impossible?
Le Rapport sur le marché locatif, divulgué il y a quelques semaines par la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL), dresse le portrait du marché locatif dans le grand Montréal. Rosemont – La Petite-Patrie (RPP) s’y démarque sur plusieurs plans. Ainsi, si le taux d’inoccupation des appartements locatifs s’établissait à 2,5 % en octobre 2011 sur l’ensemble de l’île, il était plutôt de 1,6 % dans l’arrondissement, soit le plus bas taux de toutes les zones sondées à Montréal.
C’est aussi dans RPP que l’on retrouve le plus grand parc d’appartements construits à Montréal, avec 35 319 (excluant les duplex et triplex avec propriétaire résidant), un chiffre qui a cependant diminué par rapport à l’année précédente (35 405).
Finalement, alors que le taux de disponibilité des appartements était de 2,9 % dans la métropole, il s’élevait à 2,1% dans RPP en octobre 2011, en léger recul par rapport à l’année 2010 (2,5%). Pour un logement avec deux chambres, le taux de disponibilité tombe à 0,7 %, soit le taux le plus bas enregistré à Montréal, Laval, la Rive-Sud ou sur la Rive-Nord. Et seulement 0,5 % de ces mêmes appartements étaient inoccupés en octobre 2011 dans RPP.
« Rosemont et La Petite-Patrie sont des endroits très populaires. Ils sont bien desservis par les lignes de métro et les loyers sont moins chers que sur le Plateau. Ce sont deux raisons qui expliquent ces taux si bas de disponibilité et d’inoccupation », souligne l’analyste Geneviève Lapointe, de la SCHL.
Pour le Comité logement Petite-Patrie, ces données ont des répercussions évidentes sur le prix demandé aux locataires et sur le départ des citoyens les plus démunis de l’arrondissement. Il semble que trouver un logement avec deux chambres soit devenu une mission quasi impossible.
« C’est toujours quand les taux d’inoccupation et de disponibilité sont très bas que l’on voit les plus hautes hausses de loyer. La conséquence, c’est que les locataires portent moins plainte contre ces hausses, parce qu’ils ont peur de perdre le logement et de ne pas en trouver un autre. Alors, ils payent, même quand la hausse n’est pas justifiée. Ou alors ils quittent le quartier et vont s’établir ailleurs, où c’est moins cher et où ils pourront trouver un appartement rapidement », explique la coordonnatrice Anne Thibault.
Le maire de RPP, François W. Croteau, est conscient de cette pression sur le marché locatif. « Il y a actuellement beaucoup de gens qui veulent venir vivre dans Rosemont – La Petite-Patrie.
On a une pression qui provient du marché locatif, alors que plus de 70 % des résidents de l’arrondissement sont des locataires, et on a une pression qui provient des nouveaux acheteurs, alors que les projets de condos sont de plus en plus nombreux. Et cette pression n’arrêtera pas prochainement, parce qu’il y a un engouement pour notre quartier. Il faut donc travailler avec les promoteurs et les comités de logements pour s’assurer que les locataires ne soient pas expulsés de chez eux de façon non réglementaire, et pour qu’ils puissent éventuellement avoir les moyens de faire l’achat d’un premier logement. Il faut donner aux gens les moyens de rester dans Rosemont – La Petite-Patrie et arrêter l’exode vers les banlieues. »
Cela passera peut-être par un changement à la loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Actuellement, et c’est sur cette base que travaille l’arrondissement RPP, tous les projets de plus de 200 logements doivent inclure 15 % de logements abordables et 15 % de logements sociaux. L’administration locale aimerait voir ces pourcentages appliqués sur toutes constructions de 50 logements et plus.