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Santé mentale: parole d’argent à l’âge d’or

Retraité depuis trois ans, Maurice vient de perdre sa femme. Il peine à se faire à manger, lui qui n’a jamais cuisiné. Des petits bobos apparaissent. Il a du mal à accomplir certaines de ses activités quotidiennes… Il se sent faible et inutile. Il a cessé de sortir, de voir ses amis. Il ne dort presque plus. Signes normaux du vieillissement?

En fait, Maurice pourrait souffrir de dépression. Chez les aînés québécois, environ 60 000, soit 7%, souffriraient de troubles dépressifs, et 45 000, 6%, de troubles anxieux.

«Contrairement à ce qu’on peut croire, les personnes âgées vivent beaucoup de stress et de changements en peu de temps», affirme Gaétane Paradis. L’infirmière psychiatrique à la retraite donne des conférences dans le cadre du programme Agir à tout âge. Mis sur pied par la Fondation des maladies mentales, il vise à informer les aînés sur les risques, symptômes et traitements de la dépression et de l’anxiété et, surtout, les inciter à en parler. «Cette génération n’a pas été éduquée à demander de l’aide», note-t-elle.

 

C’est semblable à ce que constate Johanne Pitt, la directrice générale du Centre des aînés du réseau d’entraide de Saint-Léonard. Les besoins des bénéficiaires des services de l’organisme sont beaucoup liés à l’isolement, souligne Mme Pitt. Lorsque, à un certain âge, les gens voient leur réseau social s’effriter, quand les enfants sont loin et que les deuils se succèdent, ils ont besoin de se recréer un entourage. Parfois, les symptômes liés à ces étapes de vie sont alarmants. « Il est arrivé que des aînés me confient qu’ils n’avaient plus le goût de vivre, qu’ils ne mangeaient plus depuis qu’ils vivaient seuls. Ils ont besoin de se rattacher à quelqu’un. »

Confidences

Si certains se confient facilement à Mme Pitt et à ses collègues, les aînés ont plus de mal à aller chercher de l’aide. « Souvent, les gens me disent qu’ils sentent qu’ils se dirigent vers une dépression, ils le reconnaissent. Mais l’étape qui est plus difficile, c’est de se décider à aller consulter. C’est ça, la petite poussée dont ils ont besoin », élabore-t-elle. L’organisme, qui offre des services bénévoles d’accompagnement à domicile, peut alors suggérer à la personne de l’aider dans cette démarche, en la conduisant à son rendez-vous par exemple.

Davantage que chez les aînés, c’est chez les proches aidants que Mme Pitt remarque une vulnérabilité psychologique. « Ils sont seuls à la maison avec un proche malade ou en perte d’autonomie, ils sont épuisés. Eux ont besoin d’aide », croit-elle.

Liberté de décision

La directrice du Centre des aînés de Villeray, Catherine Chaput, constate de son côté que les personnes âgées ne demandent pas d’aide, de peur d’être placés en résidence contre leur gré.»

Le responsable des services psychosociaux du CSSS Cœur-de-l’île, Stéphane Papineau, rassure les inquiets: «Ce n’est pas notre mission de placer les personnes âgées. Dans toute démarche, on va proposer et la personne a toujours un droit de refus.» Dans des cas extrêmes seulement, si la personne n’est plus capable de veiller à sa sécurité, l’intervenant va la référer. «Mais le soutien d’aide à domicile va tout faire pour réunir les conditions gagnantes pour que la personne reste chez elle», assure M. Papineau.

 

«Les aînés pensent qu’on va leur offrir des services en fonction de leur âge, poursuit-il. Mais pour de l’aide psychologique, on va vraiment cibler le problème, de la même façon que pour une personne de 25 ans.» De plus, les services sont offerts dans les bureaux du CLSC. Si la personne le souhaite, l’intervenant peut, dans certains cas, se rendre à domicile, «mais ce n’est pas pour évaluer l’autonomie du patient ou son environnement.»

 

Des gens appellent M. Papineau pour des motifs variés, comme des problèmes relationnels ou des remises en question à certaines étapes de leur vie (par exemple, le départ à la retraite). Tout dépendant des troubles, le patient sera dirigé vers le bon service. Ce peut être, notamment, une thérapie à court terme ou un service médical.

 

Surveiller les symptômes

Comment Maurice peut-il savoir s’il doit consulter? Le programme Agir à tout âge suggère de surveiller les symptômes suivants.

-L’insomnie ou l’hypersomnie

-La fatigue extrême

-Le repli sur soi

-Les pleurs pour aucune raison

-La perte d’intérêt pour nos activités préférées

-Les inquiétudes persistantes

-Le fait de ne plus se reconnaître ou de ne plus fonctionner normalement

-La perte du goût de vivre et les idées suicidaires

(Source: Fondation des maladies mentales)

Si vous sentez le besoin de consulter pour votre santé mentale, à tout âge, composez le 514 722-3000, et demandez de parler à un travailleur social.

Une conférence du programme Agir à tout âge aura lieu le 28 mai, à la Bibliothèque de Saint-Léonard, à l’occasion du Salon des ressources pour aînés et proches aidants de St-Léonard. Heure à déterminer. Pour info : Danièle Ouellet, organisatrice communautaire au CLSC Saint-Léonard–Saint-Michel, 514 722-3000, poste 5692.

L’organisme de services bénévoles à domicile Centre des aînés du réseau d’entraide de Saint-Léonard : 514 326-4116.

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