Une voix pour les victimes de l’Holocauste
Qu’il ait entendu parler, tout jeune, de ses deux grands-pères morts à Auschwitz explique peut-être sa ferveur. Ou encore que sa mère se soit réfugiée dans un hospice, et son père, caché dans des villages en France avec sa famille durant la guerre. « L’intérêt a commencé là, confirme M. Fragman. Mais une personne juive ne va pas nécessairement vouloir en connaître plus. Il y a aussi mon côté enseignant qui embarque », ajoute-t-il.
L’apprentissage et le partage du savoir prend, en effet, une place importante dans sa vie. En 2009, il a obtenu une bourse qui lui a permis de passer une partie de ses vacances d’été en Israël… à étudier. « Cent-quarante heures de cours sur l’Holocauste en trois semaines. Et je sens que j’en ai encore beaucoup à apprendre. »
Le côté humain du drame
Après toutes ces heures d’étude, M. Fragman s’est demandé ce qu’il allait faire avec tant d’information. La réponse lui est venue naturellement, en continuant de donner des conférences, auxquelles des survivants l’accompagnent parfois.
« De tous les survivants de l’Holocauste que j’ai rencontrés, beaucoup ne peuvent plus venir aux conférences parce qu’ils sont malades ou morts. Je suis donc devenu une voix pour raconter leur histoire. »
Aussi a-t-il eu le souci de montrer le côté humain de cette histoire. Comment s’y prend-il? Avec un peu de pain. « Je distribue des morceaux de pain dans le public. Certains jeunes en ont, d’autres pas. Puis, je leur parle des ghettos. Je leur dis : « Imaginez que le pain que vous tenez – et ce n’est pas tout le monde qui en a reçu – est tout ce que vous mangerez. » Pour leur faire comprendre que c’était pareil dans les camps de concentration.
« Dans mes cours d’anglais, quand j’aborde ce sujet, je dis à mes élèves qu’ils n’ont pas à retenir toutes les dates. Mais je leur parle des victimes. »
L’école à laquelle M. Fragman enseigne, à Mascouche, fait maintenant partie du réseau des établissements associés à l’UNESCO. Dans une lettre de recommandation, le directeur de l’école a mentionné que la présence de ce prof d’anglais et de son projet sur l’Holocauste a certainement aidé l’école à obtenir ce titre.
« Étrangement, le message qui émane du discours ne touche pas qu’aux Juifs, mais au racisme en général. Ce que les survivants disent aux jeunes, c’est de travailler à construire un monde meilleur. »
À propos du graffiti haineux
Thomas Fragman habite tout près du coin de rue Jarry-Malouin, là où est apparu à quelques reprises un graffiti imposant. M. Fragman avoue avoir été surpris de lire : « TUE LES JUIFS » sur le mur latéral d’un bloc de condos. « On sait qu’il y a d’importantes communautés italienne et arabe, mais juive, il n’y en a pas! Alors j’ai compris qu’il y avait peut-être une sensibilisation à faire à Saint-Léonard, sans que je ne le sache. »
Il ne s’inquiète pas outre mesure. « Je me demande si, dans le quartier, ça affecte vraiment quelque chose. Des croix gammées dans un cimetière juif, ç’aurait été pire », image-t-il.
Pour lui, toutefois, ce genre de message encourage le racisme en général. « Ce n’est pas qu’une histoire par rapport aux Juifs, mais par rapport à tout le monde. Tout le monde doit réagir quand il voit ça. »