L’intimidation entre aînés
Pour Isabelle Lukawecki, propriétaire et directrice de la résidence des Jardins d’Élysée sur l’avenue Papineau, le troisième âge représente une étape de vie très importante, mais souvent négligée. « En raison du bagage d’expérience des aînés, on a tendance à oublier qu’ils sont vulnérables », plaide-t-elle. Les aînés manifestent leur crainte de vieillir en rejetant ceux qui sont différents ou malades.
Joël Gomez, directeur général de la Villa Raimbault dans Cartierville, reconnaît l’existence de l’exclusion chez les aînés. « Parmi les facteurs d’isolement et de rejet, il faut parler d’âgisme. Les personnes les plus dures envers les personnes âgées, c’est d’autres personnes âgées », dit-il. Comme s’ils jugeaient l’état de santé des autres en faisant abstraction de leur propre âge et de leur condition.
Une question de caractères
À la résidence léonardoise Les Jardins d’Italie, la situation diffère. Le directeur général, Joseph Biello, remarque plutôt des accrocs entre caractères différents, mais pas précisément d’intimidation ou d’exclusion en groupe. « Rendus à un certain âge, les gens ne sont plus dans une période favorisant l’apprentissage et sont plus rigides. Ils ont l’impression d’avoir fait le tour du jardin et ne pensent plus qu’ils devraient améliorer certains aspects de leur caractère. Une personne très pacifique à côté d’un caractère plus fort ou colérique va avoir du mal à côtoyer ça. »
Si, chez les jeunes, on dit que les contraires s’attirent, lorsqu’on vieillit, on a tendance à s’en éloigner, remarque M. Biello. « Les gens vont tout simplement s’éloigner des personnes différentes. Des regroupements se font donc de manière naturelle, selon les affinités. Une des particularités, ici, est que les femmes se tiennent ensemble d’un côté et les hommes de l’autre. » Le directeur ajoute toutefois que c’est peut-être un trait culturel italien.
Âgisme
Pour M. Gomez, les raisons d’être exclu dans une résidence sont multiples, tout comme les raisons pour lesquelles certains vont s’exclure du groupe. «Les problèmes de santé, mentale, la perte d’autonomie et l’origine ethnique sont parmi les facteurs les plus communs entrainant l’exclusion. C’est une vraie garderie! Les commentaires ne volent pas toujours très haut», commente-t-il. Même son de cloche du côté des Jardins d’Élysée: « J’ai une clientèle majoritairement de femmes, alors il y a beaucoup de commérage et de rumeurs », ajoute Mme Lukawecki.
« En même temps, les résidents ne peuvent pas être isolés complètement. Les diners sont pris en commun dans la salle à manger alors ce n’est évidemment pas la même réalité qu’une personne âgée confinée à un petit appartement », rappelle M. Gomez.
C’est un avis que partage Mme Lukawecki. « Nous avons des activités qui rejoignent tous les types d’intérêts, mais même si quelqu’un ne se mêle pas au groupe, les horaires fixes de repas et de lessive assurent un minimum de contacts », estime-t-elle.
Même si certains résidents bénéficient de visites fréquentes de leur entourage, il faut cependant plus pour assurer un certain réseau social aux aînés. « Le système actuel s’appuie en grande partie sur les aidants naturels pour accompagner les personnes âgées. Toutefois, ceux-ci sont souvent épuisés et ne peuvent pas répondre adéquatement à tous les besoins des aînés. C’est déplorable », tranche Isabelle Lukawecki qui refuse de considérer les résidences comme des mouroirs.
En collaboration avec Anne Laguë