Dieu
Une chose est tout à fait certaine : l’Homme se sent dépassé et veut découvrir d’où il vient. Depuis la première étincelle d’intelligence qui l’a fait sourire et pleurer, l’homo sapiens cherche sans cesse à connaître qui est à l’origine de cette terre sur laquelle il naît, vit et meurt.
Ainsi, dès ses premières lueurs de connaissance et d’émotivité, il s’est mis à diviniser les divers éléments de la nature. Les dieux pullulèrent et se classèrent en une hiérarchie complexe. Il leur construisit un monde où la rivalité et la guerre régnaient pour obtenir la suprématie. Il les craignit parce qu’il n’avait aucun contrôle sur eux.
En Égypte, près de 15 siècles avant Jésus-Christ, l’idée d’un dieu unique et puissant fit son chemin dans les esprits. Aménophis III alla jusqu’à se proclamer dieu lui-même. En Mésopotamie on découvrit un dieu unique qui dialoguait avec l’homme, conduisait son histoire et en faisait ainsi son adorateur et son serviteur. C’est alors la révélation suprême d’Abraham, père des trois grandes religions monothéistes : la juive, la chrétienne et la musulmane. D’une manière plus rationnelle, quatre siècles avant Jésus-Christ, Aristote s’appliqua à montrer au livre XII de sa métaphysique qu’il existe nécessairement une substance éternelle immobile. Quelques lignes plus loin au même livre XII il conclut : La vie aussi appartient à Dieu, car l’acte de l’intelligence est vie, et Dieu est cet acte même. Ainsi appelons-nous Dieu un Vivant éternel parfait ; la vie et la durée continue et éternelle appartient donc à Dieu, car c’est cela même qui est Dieu. Encore à ce jour, penseurs, sages et mystiques des grandes civilisations, chacun avec leur charisme, apportent des réponses apaisantes à leurs congénères.
Malgré cette longue route sur le chemin de la recherche de l’Être au-delà de tout, aujourd’hui au Québec, plusieurs ont tourné le dos à leur croyance et à la pratique religieuse catholique. On se veut libre de toute contrainte arbitraire imposée par l’Église. On ferme des églises. De plus en plus de personnes se déclarent athées. On prône la laïcité. Enfin la liberté!
La liberté, oui, mais avec un talon d’Achille qui discrètement perturbe notre tranquillité d’esprit. Actuellement, la religion musulmane avec sa pratique religieuse envahissante fait surface tout autour de nous. Nous qui avons traversé la grande noirceur sous Duplessis et la mainmise de la religion dans tous les aspects de notre vie, nous regardons avec crainte, douleur et gêne les allées et venues de nos nouveaux compatriotes musulmans. Au moment où les églises se vident, les mosquées se multiplient. Au moment où nous avons acquis la liberté religieuse au quotidien de notre vie, voici une religion qui impose ses manières de faire dans la vie ordinaire.
Nous voyons entre autre les femmes se couvrir les cheveux et porter de longues robes. Nous aussi, nous devions cacher nos cheveux à l’église, avoir des robes de bonnes longueurs avec des manches au moins jusqu’au coude. Surtout ne pas porter de pantalons réservés aux seuls aux hommes. Nous apprenons qu’elles se voient imposer un époux. Pour nous, épouser un homme relevait de l’assentiment de nos parents. Mariées, les femmes ne devaient pas empêcher la famille. Les femmes musulmanes semblent encore dans une dynamique semblable. On impose à tous de manger des viandes halal, de ne pas ingurgiter de porc et de ne pas boire de boisson alcoolisée. Nous devions faire maigre le vendredi et ne pas boire ni manger après minuit si nous voulions participer pleinement à la liturgie du dimanche matin. Quelle ressemblance dans les manières! Notre crainte s’accroit quand nous apprenons que des kamikazes islamistes mettent à sac sur leur passage quiconque n’est pas musulman. Secrètement, nous nous demandons si nous ne nourrissons pas la main qui bientôt s’accablera sur nous!
Si nous demeurons dans nos peurs et si nos nouveaux compatriotes musulmans se replient sur leur quant-à-soi nous ne contribuerons qu’à élargir le fossé de nos différences soit disant inaltérables. La suspicion aura tout loisir de s’installer entre nous. Des ghettos risquent d’apparaitre.
Maintenant, l’heure est donc venue de nous demander ce chacun d’entre nous peut accomplir dans son modeste milieu pour assainir et faire grandir des relations discrètement mais aussi fortement tendues.
Proposer des projets d’envergure risque d’intéresser peu de personnes celles-ci trop occupées ou inaptes à entreprendre une certaine activité spéciale. De plus, nous croyons bien peu à ces déploiements bruyants et peu efficaces. En 1973, Ernst Friedrich Schumaker faisait l’éloge de la petitesse des projets pour transformer ce monde. Comme la vie se compose de petits riens, se sont de simples gestes du quotidien qui nous rassemblent et nous unissent qu’il nous faudra désormais privilégier plutôt que de demeurer sur nos différences et nos peurs qui tentent de nous garder étrangers les uns aux autres.
Athée, croyant, pratiquant ou non, chacun est concerné dans ses allées et venues de son quotidien et de son rapport à l’autre. Chacun sur son chemin peut simplement transformer ce monde. Il suffit de s’arrêter et de se dire : Maintenant, à moi d’y voir! Nous poserons, je l’espère, des actes intelligents et débordants de vie!