Soutenez

Pas facile d’être immigrant

Tranchemontagne Daphnée - TC Media
Chaque année, des immigrants laissent tout derrière eux afin de s’établir au Québec et vivre le rêve américain (ou plutôt canadien!). Toutefois, leur « rêve » ne correspond pas toujours à ce qu’ils avaient imaginé. L’espoir fait alors place au découragement.

Najet Ferjani est directrice au Bureau associatif pour la diversité et la réinsertion (BADR). En poste depuis près d’un mois, elle est souvent confrontée à cette réalité. Plusieurs nouveaux arrivants d’origine maghrébine (et parfois même des gens qui sont installés dans la Belle province depuis des années) viennent cogner à sa porte pour lui demander de l’aide. Malgré le fait qu’ils soient éduqués, diplômés et s’expriment en français, ils peinent à s’intégrer et à se trouver un emploi au Québec.

« On dit souvent de nous que l’on ne veut pas s’intégrer et que l’on ne veut pas découvrir la culture québécoise. Mais c’est faux! Si on compare notre mode de vie avec celui que l’on avait dans nos pays d’origine, il n’y a pas beaucoup de différence. On va au cinéma, on va au théâtre, on a des activités, on a des maisons de jeunes, etc. Quand on arrive ici, on veut faire les mêmes choses!

« Dans notre pays d’origine, on vit bien. On ne s’endort jamais sans avoir mangé de nourriture et on ne laisse jamais nos enfants sans éducation. Mais on rêve au Canada et à l’avenir. Alors, certains vendent leur maison ou empruntent de l’argent pour venir ici. Mais lorsqu’ils arrivent, ils découvrent que ce n’est pas tout à fait comme ça. Les immigrants débarquent ici avec beaucoup d’énergie et d’enthousiasme, mais lorsqu’ils commencent à frapper aux portes, il n’y en a aucune qui s’ouvre », explique la femme, en toute honnêteté.

Selon elle, les communautés maghrébine et arabe sont encore stigmatisées par les attentats du 11 septembre 2001. Lorsque l’on parle de ces tristes événements, on songe souvent aux individus qui ont péri dans les avions et dans les tours, sans toutefois penser aux victimes collatérales : les communautés qui vivent avec l’étiquette « terroriste ». Plus récemment, l’affaire Shafia, où trois membres d’une même famille ont été condamnés pour des crimes d’honneur, contribue également à renforcer les préjugés.

« Les gens sont frustrés, découragés et ne savent pas quoi faire. Certains veulent retourner dans leur pays d’origine, mais ils n’ont plus d’argent. Ça crée beaucoup de tension. Parfois même au sein de leur couple, ce qui peut entraîner des divorces. Je connais beaucoup de personnes qui ont sombré dans la dépression et qui ne savent plus quoi faire », confie-t-elle.

Elle estime que cette situation affecte également les jeunes enfants qui voient leurs parents travailler d’arrache-pied, sans toutefois obtenir les effets escomptés. Ils se questionnent alors sur la nécessité d’étudier.

Lueur d’espoir

Afin de supporter les nouveaux arrivants en difficulté, Mme Ferjani souhaite mettre différents services sur pied au BADR, notamment, des services de soutien psychologique et de conciliation familiale, afin de permettre aux couples de surmonter les épreuves. (Voir autre texte)

« J’envisage la possibilité d’engager une psychologue ou une travailleuse sociale, au moins une fois par semaine pour une demi-journée, afin qu’elle vienne rencontrer des femmes en détresse. La personne devra idéalement être elle-même immigrante. On veut aussi travailler auprès des hommes », explique la directrice du BADR.

Elle souhaite également tisser des liens avec les autres communautés présentes à Saint-Léonard et invite les gens et les organismes locaux à venir la rencontrer afin d’ouvrir le dialogue.

Pour en savoir plus:

Salamou alaykoum, Najet Ferjani

Affaire Shafia: un cas isolé

 

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.