Respectueusement vôtre
Il y a quelques années, une légère inquiétude a traversé l’esprit de quelques éducateurs. Les élèves devenaient de plus en plus impolis, grossiers et même quelques agressions se pointant le nez dans certains secteurs laissaient donc entendre au grave manque de respect envers l’enseignant. Courageusement, quelques écoles décidèrent timidement d’opter pour le retour du vouvoiement perdu au cours des années de la Révolution tranquille.
Quelques organismes voulurent pousser un peu plus loin et proposèrent ce même vouvoiement dans la sphère publique, notamment dans le secteur du service public comme les restaurants et les divers centres d’achat. Tout ce petit remue-ménage n’a fait que brasser très légèrement les mentalités qui ont vite opté pour des communications basées davantage sur la franchise et la bonhommie directe du tutoiement.
Nous faut-il maintenant sortir notre grand mouchoir blanc pour saluer le départ définitif du respect dans nos diverses communications parce que nous abandonnons le Respectueusement vôtre et le Vous adressé à l’enseignant et à la personne préposée à la caisse enregistreuse? Pouvons-nous trouver encore du respect, cette qualité de déférence, dans nos divers contacts?
Mais pourquoi rechercher cette déférence si elle n’est qu’une forme ampoulée, guindée, voire quasi hypocrite, qui viendrait réguler nos échanges et nous empêcherait d’être authentique? Maintes autres questions montent à notre conscience quand nous nous penchons sur cet aspect de nos divers échanges. Tant que nous en resterons à nos divers comportements, nous ne parviendrons pas, ce me semble, à un accord satisfaisant. Quelle attitude devons-nous donc adopter? Que faire dès lors?
Si pour bien voir Vénus qui passait devant le soleil au début de ce mois de juin, il nous fallait porter des lunettes pour notre protection oculaire, il nous faut aussi des lunettes spéciales pour bien apercevoir tout le respect attentionné que nous devons prodiguer à notre entourage! Le respect ne serait-il pas cette lunette qui me permet de percevoir la merveille qui habite chaque personne?
Merveille qui transparait dans chaque être, du plus petit, du plus simple, du plus démuni au plus complexe, au plus retord ou aussi au plus cruel? Le respect dû aussi à l’insecte qui fait son travail et qui nourrira bientôt l’oiseau qui, s’il est gibier, me nourrira peut-être bientôt? Respect dû au tout petit amour de bébé jusqu’au vieillard désabusé, retardé qui arpente pauvrement la rue Ste-Catherine?
Jusqu’au respect du feu rouge ou de l’arrêt pour assurer la sécurité routière, c’est-à-dire des personnes qui circulent tant en auto, à bicyclette qu’à pieds. Respecter la nature, les personnes, les choses et les situations ne serait-il pas une forme d’émerveillement en présence de tout ce qui est, de tout ce qui vit?
Avant de devenir une certaine formule de politesse écrite ou verbale ou d’un comportement attentionné envers l’autre, le respect n’habiterait-il pas en chacun de nous, comme une lunette invisible comme une sorte de verre de contact? Le respect qui est cette manière d’être attentif ne serait-il pas plus précisément une forme de l’émerveillement de notre propre conscience en présence de la vie qui se réfracte de milliers de manières au cours de nos jours terrestres?
Plutôt que de multiplier les mots, les regrets, les impossibilités et de geindre sur les pertes du monde passé, pourquoi ne pas plutôt remercier simplement pour les manifestations diverses de la vie qui bat en moi, dans mon corps et avec lui et par lui et tout autour de moi?
Au lieu d’être rivé aux mauvaises nouvelles délivrées par les divers médias, pourquoi ne pas admirer les nuages, l’azur, l’arbre au coin de ma rue, les fleurs dans la rocaille de mon voisin, l’oiseau qui s’y repose, la maman qui pousse le landau de son petit, l’homme qui marche à toute allure droit devant lui, les fougueux adolescents qui courent après leur autobus ou ces deux compères qui se racontent des histoires en se grattant le crâne? Au cœur de cette véritable admiration quotidienne très ordinaire gît notre plus grand respect de l’autre et de nous-même. Le respect ne serait-il pas l’admiration devenue petit geste attentionné pour tout ce qui se vit tout simplement autour de moi et en moi?
Et c’est si simple!
Et c’est tout sourire!
Et c’est toute patience!
Et c’est tout bonheur au monde!
Respectueusement vôtre, voilà mon point de vue!!!!!!!