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L'hypocrisie et le niqab

Le gouvernement fédéral a récemment annoncé que le port du niqab serait interdit durant les cérémonies d’assermentation lorsque l’on devient officiellement canadien. Selon le ministre de l’immigration, Jason Kenney, il s’agit là d’une question de principe. Mais le principe de qui ? Je n’en suis pas trop sûre…

Le nouveau règlement est basé sur rien de bien concret; rien, sinon des craintes non fondées et des preuves purement anecdotiques. Il s’agit bien là d’une solution discriminatoire à un problème qui n’existe même pas. Cela nous rappelle le récent «énoncé de valeurs» de la ville de Gatineau destiné aux nouveaux arrivants, qui me laisse d’ailleurs encore un arrière-goût désagréable; ce code d’éthique fustigé avec raison par le chroniqueur de La Presse, Pierre Foglia, et qui n’était rien d’autre qu’un «Hérouxville – prise deux»!

Selon Salam Elmenyawi, du Conseil musulman de Montréal, seulement quelques centaines de femmes se voilent entièrement le visage au pays. Seulement quelques centaines… Dans une entrevue accordée à la journaliste Margaret Hartmann, Elmenyawi déclare qu’en forçant les musulmanes à devoir choisir entre leurs convictions religieuses et leur désir de devenir canadiennes, le gouvernement passe comme message qu’il est à même de décider quelle partie de leur religion est acceptable et laquelle ne l’est pas. Peu de controverses, ces dernières années, m’ont laissée aussi perplexe que le port du niqab dans la société occidentale. En tant que femme, je réagis parfois instinctivement à cette question. Le port du niqab est problématique dans ce qu’il représente en soi et non pas en tant que simple accessoire vestimentaire. Il est automatiquement associé à l’asservissement de la femme et de tout ce qui va à l’encontre des valeurs libérales.

Cependant, ayant un esprit critique, je déteste me baser uniquement sur de simples réflexes automatiques parce qu’eux aussi sont issus de références culturelles occidentales.

J’ai beaucoup de difficulté à me ranger derrière les arguments du gouvernement canadien qui se résument principalement en deux principes de base : l’égalité des sexes et la laïcité de nos institutions.

Ce qui me dérange là-dedans, c’est que le gouvernement agit comme si l’égalité des sexes était une chose acquise chez nous et que nous sommes ainsi en position de pouvoir dicter aux immigrants qui arrivent ici, ce qu’il faut faire; eux qui évidemment ne sont pas encore rendus «à notre niveau».

Parler ici de paternalisme est un euphémisme. La violence faite aux femmes et les inégalités économiques entre les sexes sont ici de vrais problèmes. Nous vivons dans un monde où les pires pitreries vous permettent d’être sur la liste des gens les plus fascinants de la planète d’après Barbara Walter. Nous sommes loin d’avoir atteint l’égalité des sexes chez nous et empêcher des femmes de devenir canadiennes pour des histoires de niqab n’améliore en rien cet état de chose. On a l’impression qu’il s’agit là d’une certaine victoire, mais il n’en est rien.

Quant à notre foi dans la société laïque, elle n’en est que plus hypocrite et pleine de contradictions. On peut difficilement choisir de cacher certains symboles religieux, tout en estimant que ceux de la majorité sont acceptables. Une société purement laïque doit l’être complètement ou pas du tout.

Que le niqab soit l’incarnation flagrante des inégalités sexuelles ou une simple question de choix de vie, n’a pas vraiment beaucoup d’importance. La vraie question est la suivante : le port du niqab est-il une question de sécurité nationale – comme le ministre Kenney le dit avec insistance – ou offense-t-il tout simplement nos valeurs occidentales? Et si l’argument de la sécurité nationale ne tient pas la route, allons-nous tolérer encore longtemps des lois qui nous permettent d’agir comme si nous étions dans une cafétéria à choisir ce que l’on veut et ignorer ce dont on ne veut pas.

Hermann Hesse a déjà dit : «L’idée n’est pas de devenir comme l’autre; c’est de se reconnaître, apprendre à découvrir l’autre et le respecter pour ce qu’il est.»

C’est une chose qui n’est pas facile à faire, mais qui doit être faite.

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