Front commun contre la possible fermeture des succursales de la SAQ
Plusieurs acteurs de l’arrondissement du Sud-Ouest ont uni leur voix, le 12 octobre, pour dire à la Société des alcools du Québec (SAQ) de ne pas procéder à la fermeture des succursales situées sur la rue du Centre, dans Pointe-Saint-Charles, et le boulevard Monk dans le quartier Émard.
Bien que la société d’État n’ait pas encore fait connaître le sort qu’elle réserve à ces succursales dont les baux prendront fin l’an prochain, la coalition n’a pas l’intention d’attendre la décision les bras croisés.
L’arrondissement du Sud-Ouest, le Regroupement économique et social du Sud-Ouest (RESO), le Comité au centre du quartier de Pointe-Saint-Charles, la Société de développement commercial (SDC) du boulevard Monk, la table de concertation communautaire de Pointe-Saint-Charles Action-Gardien et le Syndicat des employé(e)s de magasins et de bureaux de la SAQ ont insisté sur la nécessité de garder les deux magasins ouverts. Ils ont procédé au lancement de la campagne «SAQ pas ton camp du Sud-Ouest» pour bien enfoncer le message.
«C’est un message fort, et ça va continuer tant qu’on n’aura pas confirmation du maintien des succursales», a lancé en conférence de presse le maire de l’arrondissement, Benoit Dorais.
La SAQ est locataire des deux emplacements. Les baux de dix ans arriveront à terme en 2012. Comme elle le fait toujours en pareille circonstance, la société évalue la pertinence de les garder ouvertes ou de les fermer. Elle a fait savoir à plusieurs reprises que ce n’est pas avant l’an prochain qu’elle annoncera sa décision.
Revitalisation des artères commerciales
«Ce n’est pas le temps de diminuer les services, c’est le temps de les augmenter», a tonné Benoit Dorais.
Depuis qu’une menace de fermeture plane sur les deux adresses, ceux qui s’opposent à leur disparition soutiennent que cela viendrait saper les efforts déployés pour revitaliser les deux artères commerciales. Les succursales de la SAQ ont un pouvoir d’attraction qui bénéficie aux autres commerces du secteur, a-t-on fait valoir. «C’est un pilier économique pour notre artère», a insisté la directrice de la SDC Monk, Helen Toddy. «Ne désertez pas le boulevard Monk, a-t-elle dit. On a besoin de vous.»
Pour les membres de la coalition, l’avenir des succursales ne doit pas être analysé uniquement en fonction du critère de la rentabilité économique. La SAQ, ont-ils martelé, a aussi un mandat de service public, une responsabilité sociale.
Jean-Jacques Beauchamp, président du Comité au centre du quartier de Pointe-Saint-Charles, qui regroupe commerçants et propriétaires d’immeubles des artères commerciales du quartier, s’explique mal comment le gouvernement du Québec peut injecter des fonds, par le biais de divers programmes, pour appuyer le développement des artères commerciales, tandis que la société d’État pourrait poser un geste allant dans le sens contraire. Il a exprimé le souhait que la SAQ devienne plutôt un joueur collaborant à la vitalité des artères – «un partenaire véritable et significatif», a-t-il dit.
«La fermeture des deux succursales ne pourrait arriver à un pire moment», a laissé tomber le directeur général du RESO, Pierre Morrissette. Ne penser qu’en termes de rentabilité constitue selon lui «une logique qui risque de compromettre des efforts de revitalisation commerciale». La SAQ est en situation de monopole, a-t-il rappelé, une position qui, à son avis, «doit être assorti à une obligation de service public».
Un point de vue partagé par Geneviève Grenier, chargée de projet aménagement-sécurité alimentaire pour Action-Gardien. Aller de l’avant avec les fermetures, ce serait appliquer «une stricte stratégie d’affaires empruntée aux grandes bannières», a-t-elle dit. «Nous allons poursuivre nos actions pour nous assurer qu’il n’y ait pas de fermetures», a-t-elle promis, soulignant qu’il y a «déjà un déficit criant de commerces et services» dans Pointe-Saint-Charles.
Profitabilité de la succursale Atwater
La fermeture des deux succursales ne laisserait dans tout l’arrondissement que celle du marché Atwater.
Selon, la présidente du syndicat, Katia Lelièvre, la stratégie de la SAQ consisterait justement à pousser la clientèle vers cette succursale, dont la rentabilité au pied carré a diminué depuis qu’elle ne vend qu’aux particuliers suite à l’ouverture, sur la rue Saint-Patrick, d’un point de service réservé aux restaurants et aux bars.
Pétition de 7500 noms
La coalition a déposé en appui à sa demande les pétitions initiées par la SDC Monk et Action-Gardien. Elles ont été signées par 7500 résidents du Sud-Ouest.
Une copie a été remise à la députée de Saint-Henri–Sainte-Anne et ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a qui les membres de la coalition ont demandé d’intervenir.
«En tant que députée et fille de Pointe-Saint-Charles, je trouve important qu’il y ait des services de proximité pour permettre aux citoyens de vivre dans leur quartier», a commenté Mme Blais, qui a d’ailleurs signé la pétition. «Je suis pour les services de proximité qui touchent la qualité de vie des citoyens», a-t-elle dit.
«Je comprends aussi la SAQ. C’est une question économique», a-t-elle ajouté. «Je ne vais pas m’immiscer dans les décision de la SAQ. […] Il faut laisser la SAQ faire son travail de réflexion.»