Village des Tanneries: début de la destruction des vestiges
Quarante-huit heures après la vigile qui a réuni 300 personnes réclamant qu’ils soient préservés au moins en partie, le ministère des Transports du Québec (MTQ) a commencé à retirer les vestiges du Village des Tanneries situés sous l’échangeur Turcot.
Les travaux ont débuté mercredi. Le MTQ a poursuivi samedi l’enlèvement de fondations de bâtiments situés dans la partie du village construite au XXe siècle.
«C’est désolant, a commenté le président de la Société historique de Saint-Henri, Guy Giasson. Mais je ne suis pas surpris. C’est ce qu’ils avaient annoncé.»
Le 2 septembre, dans le cadre d’une réunion du comité de bon voisinage, le MTQ a expliqué que les vestiges seront retirés graduellement au même rythme où les fouilles seront complétées. Les archéologues doivent être sur le terrain jusqu’à la fin de septembre.
Les vestiges de l’ancien village mis au jour à l’ouest du croisement des rues Saint-Jacques et Saint-Rémi reposent sur des sols compressibles. Pour pouvoir aller de l’avant avec la construction d’infrastructures à cet endroit, dont un collecteur d’eaux usées, le MTQ a indiqué qu’il fallait retirer ces sols instables.
Don de pierres
«Je suis déçu», a lancé le maire de l’arrondissement du Sud-Ouest, Benoit Dorais, qui ne s’attendait pas à ce que le MTQ commence aussi rapidement à retirer des vestiges.
Un comité formé de représentants du MTQ, du ministère de la Culture et de la Ville de Montréal a été mis sur pied pour développer un projet de mise en valeur des artefacts découverts sur le site. Lors d’une réunion du comité tenue vendredi, le MTQ a offert de donner à l’arrondissement des pierres des fondations de bâtiments. Pour Benoit Dorais, cela est insuffisant. «C’est loin de la demande de préserver des vestiges sur le site», a-t-il rappelé.
Patrimoine sacrifié
Pour Anne-Marie Sigouin, conseillère de Projet Montréal, le ministère de la Culture «ne joue pas son rôle de gardien du patrimoine» dans ce dossier. «C’est comme si on revenait aux années 60. On sacrifie le patrimoine au profit des grands projets, alors que l’on peut tout à fait, avec le leadership approprié, conjuguer l’un et l’autre.»
Le président du Parti québécois de Saint-Henri–Sainte-Anne, Christian Sicotte-Généreux, n’a pas été plus tendre. «C’est scandaleux et honteux», a-t-il lancé, déplorant la disparition de ce morceau du patrimoine québécois.
Guy Giasson nourrit un espoir: que des fouilles puissent un jour être effectuées à l’est de la rue Saint-Rémi où, selon les informations historiques disponibles, pourraient se trouver les vestiges les plus anciens du village. La société historique travaillerait à obtenir des fonds pour faire des recherches dans ce secteur.