Vendre le Sud au Nord
En 2007, Mme Meriles quitte la Bolivie pour poursuivre ses études universitaires au Canada. « Il y avait une nouvelle maîtrise en gestion de l’eau à McGill qui venait d’ouvrir, explique-t-elle. C’était la seule université qui l’offrait. J’ai donc décidé d’émigrer au Québec. Il y aussi le fait qu’ici on parle le français et l’anglais. »
Une fois à Montréal, elle s’inscrit également à un cours de francisation. À la fin de sa maîtrise, Mme Meriles décide de rester vivre dans Parc-Extension avec ses deux enfants et son mari. Afin de supporter financièrement sa famille, elle accepte un poste de superviseur à l’irrigation sur une ferme.
Dans cette fonction, Mme Meriles doit gérer des équipes de travailleurs saisonniers mexicains. Une position d’autorité lui demandant d’apprendre à s’imposer. « Dans mon pays et ici, c’est un défi pour une femme, confie-t-elle. Comme on travaille à l’extérieur, on doit constamment montrer qu’on a l’endurance physique nécessaire »
Les petites attentions de Mme Meriles à l’endroit de ses collègues de travail finiront par gagner leur coeur. « J’allais les voir dans leur chambre pour m’assurer qu’ils ne manquaient de rien. Par exemple, lorsqu’un des travailleurs voulait s’acheter un téléphone cellulaire, je l’accompagnais pour traduire. Après quelques semaines, ils ne voulaient pas que je parte », se rappelle-t-elle.
D’immigrante à femme d’affaires
Alors qu’elle prenait un goûter avec sa tante, elle remarque que cette dernière avait un petit pot de coriandre bolivienne. « Dans mon pays, cette plante pousse dans les jardins. On n’a pas besoin de la cultiver à l’intérieur », indique l’agronome. Sa tante lui a alors expliqué que le climat québécois empêche le « papalo » (autre nom donnée à la plante) de pousser dehors. « Des amis péruviens et mexicains m’avaient déjà dit qu’ils n’arrivaient pas à trouver certains produits qu’ils aimaient ici. En parlant avec ma tante, je me suis dit que je pouvais peut-être combler ce manque », se souvient Mme Meriles.
Pour mener à bien son projet, elle décide de contacter la Compagnie F, un organisme sans but lucratif (OSBL) ayant pour objectif l’autonomie financière des femmes par le moyen de l’entrepreuneriat. L’organisme l’a aidé à préparer sa candidature pour recevoir une aide financière d’Emploi-Québec sous la forme d’un soutien au travail autonome. « Ils ont accepté mon projet et j’ai pu créer Les Jardins épicés », dit Mme Meriles. Cette subvention lui permet alors de louer un lopin de terre à l’incubateur d’entreprises agricoles Ferme du Bord-du-Lac située à l’Île-Bizard.
La route des épices
Lorsqu’elle n’est pas occupée à fertiliser, à arroser ou à transplanter, Mme Meriles est sur la route. Tous les vendredis de midi à 16 h 30, elle vend ses produits à la boutique Bric à Vrac située au 7000, avenue du Parc. Elle collabore également avec plusieurs restaurateurs ayant un menu sud-américain. « Je travaille présentement avec la Tamalera, le Ta Chido et le Coin Urbain », précise l’agronome.
La jeune entreprise agricole de Mme Meriles se porte donc relativement bien. « J’embauche parfois des stagiaires ou des bénévoles. Ce sont généralement des immigrants qui veulent voir comment je travaille. Je partage avec eux mes connaissances et mon réseau de contacts. C’est encourageant de pouvoir donner à mon tour », confie la propriétaire des Jardins épicées.
Six ans après son arrivée au Canada, l’Amérique latine n’est jamais loin dans ses pensées. « Je m’ennuie parfois de mon pays, admet Mme Meriles. La nourriture, le climat, les gens, tout me manque. Mais ici, on est à jour avec les nouvelles technologies, ce qui n’était pas le cas en Bolivie. » C’est d’ailleurs cet amour pour l’Amérique latine qui l’influence dans le choix du nom de son entreprise. « Le nom rappelle aux gens le côté exotique de mes produits », explique-t-elle. Pouvoir cultiver des plantes de son pays est une façon pour Mme Meriles de rester connecter avec ses racines boliviennes. « Je suis vraiment heureuse dans mon travail », conclut Mme Meriles.
Rémy-Paulin Twahirwa