Plaidoyer pour la gratuité
«Au coin des rues Jean-Talon et Iberville, en mai dernier, nous étions une cinquantaine. J’étais en plein milieu de la rue avec ma casserole. Bouleversé et heureux.» Michel Seymour salue et remercie les étudiants, pour avoir sorti le Québec de sa torpeur.
L’essai Une idée de l’université, dédié à «Martine, Léo, Gabriel et les autres», s’appuie sur le principe fondamental, d’abord établi par le philosophe américain John Rawls, de la juste égalité des chances.
«Tout le monde a le droit d’accéder à l’éducation qui correspond à ses talents, ses efforts et ses résultats, et d’accéder à des emplois, peu importe sa condition socio-économique, explique Michel Seymour. Que le système d’éducation y contribue seulement n’est pas suffisant! En fait, il faut que l’égalité des chances se réalise dans le système d’éducation.»
Pour la gratuité
Selon des études, au Québec, 18% des étudiants provenant de familles dont le revenu annuel global se situe entre 5000$ et 25 000$ accèdent aux études supérieures. Ce chiffre passe à 55% dans les familles qui font 100 000$ et plus. L’économiste Pierre Fortin avance que si l’école était gratuite, entre 22 000 et 27 000 étudiants de plus accéderaient à l’université. C’est la démonstration que les frais de scolarité nuisent à l’accessibilité aux études, qui doit être améliorée, conclut le philosophe. «Pour cela, il faut viser, à moyen terme, la gratuité.»
À court terme, M. Seymour souhaite que le gouvernement impose le gel des droits de scolarité, et non l’indexation au coût de la vie. «Comme le coût de la vie continue d’augmenter, le gel serait donc équivalent à une baisse graduelle des droits. On se dirigerait vers la gratuité.»
Malheureusement pour les défenseurs de la gratuité, le mauvais financement des universités a fait naître une conception entrepreneuriale de l’éducation. Le premier clou dans le financement remonte aux années 90, lorsque le gouvernement fédéral a coupé dans les transferts aux provinces, se souvient Michel Seymour. Ces coupures ont affecté les budgets du fonctionnement de base des universités.
Le second clou a été enfoncé par les péquistes. «Au tournant des années 2000, avec François Legault aux commandes en éducation, le Parti québécois a imposé le financement des institutions par tête. Ç’a engendré une course à la clientèle étudiante.»
Villeray dans la rue
Au Québec, il y a une grande résistance à ce que les étudiants paient, car les entreprises ne font pas leur juste part, car les banques ne paient pas de taxe sur leur capital, car les plus riches ne paient pas assez, énumère M. Seymour. «C’est scandaleux!», tonne-t-il.
C’est «grâce à un rare alignement des astres» (les allégations de corruption, le mouvement Occupy, la hausse des frais de scolarité, le peu d’écoute du gouvernement, la loi 12…) que les citoyens sont sortis si nombreux dans la rue.
À Villeray, le noyau communautaire est très important, croit-il. «C’est un fleuron du quartier. C’est peut-être pour ça que les gens se sont déplacés en raz-de-marée tant de soirs durant le printemps-été érable.»
Une idée de l’université, propositions d’un professeur militant, Michel Seymour, éditions du Boréal, 216 pages.