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Correa et Assange, même combat

Photo: Associated press

Afin de redorer son blason terni par ses nombreux tours de vis contre la presse de l’Équateur, Rafael Correa, son président socialiste, a choisi de défier Londres en offrant l’asile politique à Julian Assange, chantre de la liberté d’expression.

«Bienvenue au club des persécutés!», avait-il lancé au plus célèbre des cyber militants. «Merci, faites attention. Ne vous faites pas descendre!», avait répondu le fondateur de WikiLeaks, dans une interview vidéo diffusée en mai, un mois avant d’avoir trouvé refuge à l’ambassade équatorienne dans la capitale britannique.

La situation dans laquelle se trouve Assange, menacé d’extradition vers la Suède qui veut l’entendre dans une affaire d’agression sexuelle, est tout aussi surréaliste que ces propos.

Comment va-t-il quitter son asile diplomatique? Y restera-t-il cloîtré comme Jozsef Mindszenty? En pleine guerre froide, le cardinal anti-communiste hongrois avait trouvé refuge à l’ambassade américaine de Budapest de 1956 à 1971.

Pour l’heure, Correa cherche à tirer un maximum de profit du «feuilleton Assange». Le président est très populaire auprès de la population. À cause de ses généreux programmes sociaux, elle le plébiscitera aux élections de février prochain.

Mais, Correa est contesté sur sa gauche. Avec les médias, il est loin d’être sur la même longueur d’onde. Une douzaine de stations radiophoniques trop critiques à son égard viennent d’être fermées. Il a forcé Emilio Palacio, l’éditorialiste du El Universo, le plus grand quotidien du petit pays andin, à trouver asile aux États-Unis afin d’éviter la prison pour injure au président.

Il a été depuis pardonné, mais l’Équateur figure en 104e position sur 179 en matière de liberté de la presse dans le classement de Reporters Sans Frontières.

En ouvrant les bras à Assange, Correo fait également un bras d’honneur aux États-Unis. L’image d’un petit pays défiant un colosse est toujours appréciée. D’autant qu’Assange pourrait y être extradé et jugé pour «espionnage» après avoir mis en ligne des centaines de milliers de câbles diplomatiques américains.

Depuis son élection en 2007, Rafael Correa se présente comme un homme politique «persécuté» par Washington à cause de sa proximité idéologique avec Hugo Chávez, bête noire vénézuélienne des États-Unis.

Il se veut désormais le héraut de la liberté de la presse et le principal pourfendeur de l’«impérialisme gringo». La boucle est bouclée.

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