Dalila Awada

«10-12 valeurs»

«10-12 valeurs»

Hier, le gouvernement Legault annonçait qu’il imposerait un «test des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises» aux immigrants qui souhaitent obtenir leur résidence permanente. 

Face à cette annonce, bien plus que le test, c’est le sous-texte qu’il faut débusquer. 

Une fois de plus, la CAQ agite l’épouvantail identitaire et ajoute un mécanisme d’exclusion, quitte à verser dans la caricature, comme il le fait avec ce test. Ériger des «étrangers» en potentiel problème ou en menace est le modus operandi des démagogues
de notre époque. 

Les tests imposés aux immigrants sont, de manière générale, une curieuse condition à l’obtention de la citoyenneté. Disons-le honnêtement: bien des gens nés au Québec ou au Canada échoueraient à ces tests. 

Et quand, au-delà des connaissances générales, on cherche à tester des «valeurs», on avance en eaux troubles. 

Évidemment, le premier ministre mentionne d’emblée l’égalité entre les hommes et femmes, comme une des valeurs de notre société. Mais force est de constater que cette égalité si chère à certains donneurs de leçons ne s’applique qu’aux Autres, les immigrants et les racisés. 

Et quand […] on cherche à tester des «valeurs», on avance en eaux troubles. 

Le gouvernement caquiste serait plus convaincant s’il sortait l’artillerie lourde pour, par exemple, tenter de remédier aux écarts salariaux entre les hommes et les femmes, une injustice qui n’est toujours pas réglée au Québec. 

Ou pour répondre aux demandes du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, dont les membres se disent à bout de souffle. Le sous-financement oblige les maisons d’hébergement à réduire leurs services alors que la demande continue de croître. 

Mais l’urgence et les acrobaties juridiques ne semblent de mise qu’au moment de gérer les «Autres», comme on l’observait déjà avec la loi 21. Cette loi a réduit en poussière la possibilité de nombreuses femmes à se trouver un emploi. L’égalité des sexes dans ce cas-là, bof, on s’en fout… 

S’il fallait examiner les actions plutôt que les déclarations, François Legault échouerait probablement à son propre test.

Qu’importe. La CAQ imagine pouvoir décréter les valeurs qui nous représentent. «10-12 valeurs», a dit hier le premier ministre. On rirait aux éclats si ce n’était aussi réducteur, et si la cohésion sociale au Québec n’était pas déjà mise à mal.

Les valeurs, ça se vit, ça se ressent et ça s’incarne, ce n’est pas de petites cases que l’on coche machinalement. Du reste, les sentiments qui rendent possible la cohésion sont difficiles à faire germer lorsqu’une relation s’amorce dans le mépris, et quand tout est fait pour rendre fragile et conditionnel le chez-soi qu’espèrent tant de personnes qui immigrent. 

Avec ce show de boucane, François Legault et son ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, donnent l’impression de poser des gestes qui renforcent le Québec. Une partie de la population s’en réjouira, même si concrètement ça n’améliore pas notre société. Au contraire, on s’enlise dans des paranoïas collectives portées par la bonne vieille peur de «l’étranger». 

Encore une fois, la vision du gouvernement de M. Legault apparaît étroite, contreproductive et hypocrite. On mérite mieux que des raccourcis qui pervertissent ce que nous sommes. 

Articles similaires