In Libro Veritas
12:00 9 septembre 2020 | mise à jour le: 9 septembre 2020 à 12:06 temps de lecture: 4 minutes

Une cause pour les coucous

Une cause pour les coucous

À lire et entendre notre masse de complotistes québécois, il faudrait comprendre que la lutte sociale la plus importante de leur vie résiderait -ouhla !- dans le refus du port obligatoire du masque lors d’achat de pinte de lait au Couche-Tard du coin. Ceci, bien sûr, en pleine pandémie mortifère, laquelle aura sous peu enregistré un million de victimes à travers la planète. Moi qui se désolait depuis toujours de l’apathie citoyenne face à la violation récurrente des libertés civiles, me voilà face à un important dilemme : qu’est-ce qui est pire, au final? Se contre-foutre du recul des droits fondamentaux partout sur le globe, incluant ici au Québec ou se galvaniser d’un combat autant débile qu’égoïste, soit celui de prétendre à un « droit » d’infecter les autres? Réponse: go pour l’apathie. Moins frustrante et, si ça se trouve, moins dangereuse que la montée en flèche de divers mouvements conspirationnistes faisant chaque jour la preuve, irréfutable d’ailleurs, que l’Homme descend bel et bien du singe (reste à savoir le chemin parcouru depuis).

Alors à tous ceux et celles en manque d’une cause sociale ou d’un réel enjeux liberticide, permettez quelques mots sur une situation effroyable qui se déroule, présentement, sous nos yeux : celles des Ouïghours. De confession musulmane et turcophone, ces derniers constituent l’une des 56 minorités officielles chinoises. Selon le l’ONU et le New York Times, et basé sur des documents officiels du gouvernement chinois, entre un et trois millions de ceux-ci seraient détenus dans des camps de concentration. Vous avez bien lu : des camps de concentration. Genre Auschwitz. Mais en 2020. Cute, non?

Lesdits détenus, on l’aura compris, n’ont évidemment aucun droit à un procès juste et équitable, ni même à un procès tout court. Leur seul crime? Être musulman.

C’est ainsi que les enfants sont séparés de leurs parents. Que les femmes sont stérilisées de force, histoire d’empêcher toute forme de reproduction de la minorité accablée. Que la torture est monnaie courante, sinon quotidienne, à l’instar des prélèvements forcés. Ces dernières étapes sont préalables et nécessaire au système, apparemment bien huilé, de trafic d’organes. Vous avez, ici encore, bien lu: de trafic d’organes.

Une autre couche? 80 000 des Ouïghours détenus ont été depuis transférés dans des usines pour travaux forcés, desquelles profitent au moins quatre-vingt-trois entreprises multinationales. Parmi celles-ci, on compte Nike, Apple et Volkswagen.

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Quant à la réaction de la communauté internationale, celle-ci commence à se faire entendre. D’abord le Royaume-Uni, lequel a accusé la Chine de commettre des « atteintes graves » à l’encontre des droits fondamentaux, et a officiellement supprimé de son réseau 5G la plus grande entreprise chinoise de communications. Ensuite les États-Unis, ceux-ci ayant intercepté une large cargaison de cheveux humains issus des camps en question, et ajouté à sa liste noire économique 11 entreprises chinoises impliquées. Finalement la France, où plusieurs politiciens dénoncent ardemment les pratiques chinoises, les qualifiant même de génocide, et exigeant de Beijing de permettre l’accès à des observateurs indépendants internationaux, ainsi qu’au Haut-Commissaire des droits de l’Homme.

Le Canada? Rien, sauf un appel de Justin aux autorités concernées, exprimant son (timide) désaccord. Réponse de la Chine? Clic.

Un nouveau Auschwitz, donc. Sous nos yeux. Parce que si l’on pouvait à l’époque plaider l’ignorance de la situation, excuse impossible, cette fois. À pleurer d’injustice, de barbarie et d’inhumanisme.

Alors à toi qui hurle à la dictature et oppression étatique du fait d’un ti-masque sanitaire et temporaire, me viens un seul truc en tête : farme donc ta yeule. Ou si tu tiens à l’ouvrir, mets donc ton temps et énergie non dans un supercherie et caprice d’illuminés, mais bien dans de vraies causes liberticides. Suffit, en gros, d’arrêter de se regarder le nombril (et YouTube).

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