Une Mustang blanche, trois têtes grises et… un fun noir!
Comment ne pas vouloir partager avec d’autres le plaisir de conduire une Mustang GT blanche décapotable sous le chaud soleil et les palmiers? Voilà pourquoi nous avons demandé à Gilles, Jean et Marcel, trois pilotes de ligne aujourd’hui retraités, d’aller s’envoler avec nous sur les grands boulevards floridiens…
essai. Dans leur jeunesse, nos trois aviateurs l’ont vécue, leur folie automobile. Pour Marcel, ce fut une Rambler Scrambler 1969 («C’était méchant!»). Pour Gilles, ce fut une Oldsmobile 442 décapotable 1968 («Ça chauffait!»). Et pour Jean, ce fut une (grosse…) Corvette 1979. Depuis, nos trois retraités sont très sages. Même que la première phrase lancée par Jean à ses collègues essayeurs d’un jour a été : «Hé, les gars, pas de vitesse!»
«Waow!»
C’est Marcel qui prend d’abord le volant. Rapidement, un regret : «Merde, c’est une transmission automatique.» Évidemment, il aurait préféré la manuelle. Non seulement nous lui donnons raison, mais nous déplorons que cette boîte automatique ne dispose pas même du mode manuel, encore moins du passage des rapports au volant.
Mais peut-on se plaindre le ventre plein avec une belle Mustang décapotée dont les lignes sont encore diablement sexy, même après six ans sur le marché? Évidemment non. Et sans donc piper un mot de plus, Marcel glisse la clé dans le contact, désactive le contrôle de traction (là, tu parles, mon Marcel!) et se met à faire vrrrrrrombir le V8 de 315 chevaux.
Sur papier, 315 chevaux, ce n’est pas la mer à boire pour une sportive quatre places de près de 1 700 kilos. Mais sous la semelle de Marcel, la puissance s’emballe et nous colle tous au fond de nos sièges – très confortables, soit dit en passant. C’est du moins ce que déclare Jean qui, installé à l’arrière (situation très rare pour un pilote!), apprécie qu’ils soient moulés à son grand gabarit. Tout au plus cherche-t-il un petit coin sous le siège avant afin d’y glisser ses longs pieds.
Élevant la voix pour couvrir le bruit du moteur, mais aussi celui du vent qui siffle dans nos oreilles, Marcel s’extasie : «Waow, ça n’a rien à voir avec la Mustang de base (V6) que j’ai louée l’an dernier! La conduite n’a définitivement rien de mou, cette fois! » À des feux de circulation, un motocycliste nous lance un regard noir (d’envie, probablement) tout en faisant rugir le moteur de sa bécane. Marcel lui répond d’un bon coup d’accélérateur: Grrrr! Le feu vire au vert, le motocycliste s’élance en trombe… et Marcel décolle tout doucement. «On le rattrapera lorsqu’il se fera intercepter par la police…»
Droit devant, on distingue la voie ferrée du Tri-Rail. «Les gars, c’est le moment du test de la track!» prévient Marcel. Une fois le passage à niveau franchi, le verdict retentit : «Super, ce n’est ni trop mou, ni trop secouant.» Jean demande alors : «C’est quoi, l’empattement, là-dessus?» Et de se faire répondre à l’unisson, dans un grand rire : «On s’en fout, de l’empattement!»
Muscle car et civilités
Le temps d’une pause photo au Flagler Museum, aux abords de l’IntraCoastal, nos trois pilotes se dirigent vers l’avant de la Mustang et, comme un seul homme, en ouvrent le capot. Concentrés, ils admirent le gros V8 de 4,6 litres, jetant un «Moteur tout aluminium» par ci et un «Ford a toujours su y faire, en V8» par là.
On inspecte également les pneus de 19 po, on note le double échappement et on s’interroge sur le réservoir à essence sans bouchon (une nouveauté chez Ford, destinée à réduire les émanations de carburant). La pause se termine et c’est au tour de Gilles de prendre le volant – au grand dam de Marcel, qui hurle un «Noooon!» digne d’un opéra tragi-comique.
Pour Gilles, le souci premier se porte… sur le coffre arrière. «Ça devrait prendre au moins deux sacs de golf, ça?» Puis, notre second essayeur du jour se glisse sur le siège du conducteur, prend le temps d’ajuster ses rétroviseurs et… découvre que le volant n’est pas télescopique. «Il le deviendra si tu frappes», lance Jean à la blague.
Non, Gilles ne démarre pas comme un forcené. Ça aurait été mal vu dans les chic avenues de Palm Beach la riche. Au contraire, il veut tester la bagnole de façon relax. Et à son tour, il s’extasie : «Que c’est doux! Pour un muscle car, c’est une conduite vraiment civilisée, même à basse vitesse. On ne sent pas d’à-coups, ni en accélération, ni en freinage.» Le mot smooth reviendra à plusieurs reprises dans ses propos.
Ça dépeigne
Nous y voilà : nous venons d’arriver à un cul-de-sac relié à un rond-point inachevé et où, en ce petit samedi matin de congé, il n’y a pas âme qui vive. Nos trois essayeurs sont invités à y faire brûler «un peu de rubber». Ça se met donc à rouler, et ça sent les pneus qui écorchent le bitume, et ça sent les freins qui transpirent… Le bonheur, quoi.
Les sourires se feraient encore plus grands, si c’était possible. «On n’a pas le choix de sourire, avec les G qu’on tire!» s’exclame Jean. «Super bagnole, renchérit Gilles. Elle a le body pour transmettre toute cette puissance et on se sent toujours en contrôle. Quand ça dérape, on relâche simplement l’accélérateur et ça se replace tout seul.» «Une chose est sûre, toit relevé ou toit baissé, une Mustang GT, ça dépeigne!» dit Marcel.
Pilotes fringants
Il aura fallu plus d’une heure de balade pour que ces messieurs me parlent finalement de l’aspect cosmétique de la voiture. Et encore a-t-il fallu leur poser la question. Marcel complimente la chaude couleur caramel du cuir qui couvre les sièges, mais il critique les plastiques durs des portières. «Ils auraient pu se forcer.» Gilles trouve que la silhouette extérieure a fière allure. «Même que je la trouve plus jolie que la nouvelle Camaro», insiste-t-il.
À Jean de nous ramener tous au bercail, maintenant. Lui qui, au départ, intimait ses co-essayeurs de respecter les limites de vitesse, ne tarde guère à les oublier lui-même, dans une envolée de chevaux-vapeur grondants. Son premier commentaire, il le fait sur la direction. «Même assistée, elle est directe, sans être trop dure, commente-t-il. Ça porte vraiment bien, cette Mustang. Dommage qu’on ne puisse la rouler sans limites de vitesse, comme sur l’Autobahn allemande.» Jamais aussi bien dit, Jean!
Les trois pilotes reviennent de notre escapade automobile tout fringants. Pas au point de se précipiter chez un concessionnaire Ford cependant – une retenue qui s’acquiert avec l’âge? Peut-être. Toujours est-il qu’ils n’ont pas cherché à savoir combien ça coûtait, une Mustang GT décapotable. Alors, pour ceux que ça intéresse, ça coûte un peu plus de 45 000 $…
Dernier tour de piste
À l’heure où vous lisez ces lignes, la nouvelle Mustang 2011, dotée d’un nouveau V6 (3,7 litres) de 305 chevaux, est mise au banc d’essais en Californie. C’est, à toutes fins pratiques, la puissance de l’actuelle Mustang GT V8! La nouvelle variante GT offrira, avec son V8, une cylindrée de 5,0 litres – ce qui n’a pas été fait depuis plus de 15 ans. Cela lui permettra de développer 412 chevaux.
Tendances environnementales obligent, la nouvelle Mustang sera jusqu’à 20 % moins gourmande. On peut remercier de nouvelles transmissions à six rapports, tant manuelle qu’automatique. À cette dernière, toutefois, ne cherchez pas de mode Selectshift, et encore moins de passage des rapports au volant; elle ne les offre toujours pas.
Fiche technique Mustang GT
Mustang 2010
- V6: 4,0 L
- Puissance: 210 chevaux
- Couple: 240 lb-pi
- V8 (GT): 4,6 L
- Puissance: 315 chevaux
- Couple: 325 lb-pi
- Direction: hydraulique
- Boîtes: manuelle 5 vitesses, automatique 5 rapports
Mustang 2011
- V6: 3,7 L
- Puissance: 305 chevaux (!)
- Couple: 280 lb-pic
- V8 (GT): 5,0 L
- Puissance: 412 chevaux (!!)
- Couple: 390 lb-pi
- Direction: électrique…
- Consommation: jusqu’à 20 % moins gourmande (!) sur l’autoroute
- Boîtes: manuelle 6 vitesses, automatique 6 rapports
Améliorations 2011: plus grande emphase sur l’insonorisation de l’habitacle, Système MyKey.
Ce qui ne sera pas offert: le démarrage sans clé, le mode SelectShift, les commandes de vitesse au volant.